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Le Signal

dimanche 6 septembre 2026, par Maestro

Maxime CHATTAM (1976-)

France, 2018

Albin Michel, 742 pages.

Avec Le Signal, Maxime Chattam rend un hommage appuyé à deux auteurs qui l’ont profondément influencé, Stephen King et H.P. Lovecraft. L’action de ce roman prend en effet place au cœur d’une ville – imaginaire – de Nouvelle Angleterre, Mahingan Falls, un univers presque autosuffisant, où les tensions et les peurs humaines se retrouvent concentrées. On reconnaît le genre de lieu que King a tant arpenté (la ville de Derry est d’ailleurs nommément citée dans le cours de l’intrigue), tout comme le champ de maïs comme théâtre des horreurs (voir « Les enfants du maïs ») ; sans oublier le groupe d’enfants comme moteur de l’action, qui convoque forcément cette référence en la matière qu’est Ça. Quant à Lovecraft, il est présent par les références à sa géographie, du village de Dunwich à l’asile d’aliénés d’Arkham, en passant par l’université Miskatonic dont un des personnages secondaires est professeur.

Le point de départ du Signal est on ne peut plus classique : une famille new-yorkaise a décidé de changer de vie en aménageant à Mahingan Falls, dans une très belle demeure récemment rénovée, la Ferme. Mais rapidement, des phénomènes étranges vont s’y manifester, touchant aux enfants et aussi au chien de la famille. En enquêtant sur le passé de sa nouvelle maison, Tom, le mari, va découvrir les documents rassemblés par un précédent occupant du lieu, mort suicidé, et comprendre que les phénomènes paranormaux sont liés à l’exécution d’une des sorcières de Salem et de ses deux enfants, injustement massacrés par les villageois de l’époque. Mais parallèlement, l’intrigue prend de l’ampleur, puisque ce sont plusieurs habitants émérites de Mahingan Falls qui sont également victimes de morts particulièrement atroces. Et si le chef de la police locale, un réactionnaire patenté, a tendance à réduire ces meurtres à de simples accidents ou suicides, son nouveau lieutenant cherche à toute force à relier ces affaires entre elles. Il peut heureusement compter sur le seul sergent femme, en pleine crise de son couple.

Une des forces du livre réside en effet dans sa large galerie de personnages, efficacement brossés et qui, pour la grande majorité d’entre eux, transportent des valises. La famille d’Olivia – ancienne journaliste TV vedette en qui on reconnaît une transposition au moins partielle de la femme de l’auteur, Faustine Bollaert – et Tom est partiellement recomposé, puisqu’en plus des deux enfants du couple, Owen a été adopté suite au décès de ses parents (sa mère étant la sœur d’Olivia). Et comme si les méchants de nature fantastique ne suffisaient pas, Maxime Chattam a ajouté un méchant simplement humain, violeur ayant lui-même souffert de violences paternelles – mais ce dernier personnage se révèlera moins caricatural qu’il pouvait le sembler de prime abord. Autre atout, le fait que bien des chapitres se terminent sur un cliffhanger, faisant du Signal un vrai page turner. D’autant que le climax fait feu de tout bois, la petite ville voyant tous ses fantômes, jusqu’alors prisonniers d’une autre dimension, se déchaîner, la faute à une entreprise ayant découvert le moyen d’abaisser les frontières entre les mondes et qui, désireuse d’en tirer profit, s’est servi de Mahigan Falls comme terrain d’expérimentation… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur appuie sur l’horreur tous azimuts, n’hésitant pas non plus à tuer des personnages clefs !

Pour autant, ce roman qui se lit avec intérêt voire frénésie peut paraître manquer en grande partie d’une réelle originalité, au-delà de ses clins d’œil et d’une théorisation des phénomènes fantomatiques plutôt intéressante. C’est sur ce dernier point que Chattam brouille la délimitation entre science-fiction et fantastique, car si les fantômes appartiennent traditionnellement au second genre, les explications qu’il donne quant à la force des croyances susceptibles de générer matériellement des concrétisations, à la capacité des fantômes de profiter des ondes (les éruptions solaires constituant pour eux une véritable bénédiction) ou sur les énergies d’un corps humain libérées à la mort de celui-ci, sont autant de tentatives de rationalisation scientifique d’un mythe traditionnel.