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Conan l’arnaqueur
dimanche 8 mars 2026, par
John Maddox ROBERTS (1947-2024)
États-Unis, 1991, Conan The Rogue
Fleuve noir, coll. « Conan », 1994, 224 p.
Conan l’arnaqueur est le cinquième des huit romans Conan que l’on doit à John Maddox Roberts, surtout connu pour ses polars romains. Parmi ses succès les plus notables dans ce travail de commande, Conan le valeureux et Conan le maraudeur. Conan l’arnaqueur, pour sa part, semble témoigner de prime abord d’un certain manque d’inspiration. Le Cimmérien, ayant perdu toute son éphémère fortune de mercenaire au jeu, répond à la proposition d’engagement d’un noble parfumé : se rendre en Aquilonie, dans la cité de Sicas, afin d’y récupérer un artéfact. Lequel ? Son commanditaire conserve le mystère, et ne lui révélera qu’une fois qu’il l’aura retrouvé sur place.
En chemin, Conan affronte des brigands qui semblaient lui en vouloir personnellement, et vient surtout en aide à une belle jeune femme du nom de Brita. Le hasard faisant bien les choses, elle aussi se rend à Sicas, afin de retrouver sa sœur pour essayer de la ramener à la raison. Elle est en effet partie de la maison familiale aux bras d’un rufian, souhaitant même se marier avec lui. A Sicas, le barbare se rend rapidement compte du nœud de vipères que représente la cité. Bien que soumise directement à l’autorité de la couronne, son représentant lui apparaît bien falot, totalement soumis aux bandes qui se partagent les lieux. De véritables mafias, entre lesquelles Conan s’efforce de manœuvrer. Sans nouvelles de son commanditaire, il est contacté par un marchand qui lui fait une proposition alternative : trouver un précieux artéfact – il est comparé au Cœur d’Ahriman, le fameux objet au cœur de l’intrigue de L’Heure du dragon concernant un Conan devenu roi – en forme de statuette de scorpion à tête de femme. Mais cela ne s’arrête pas là, puisque le commanditaire du départ finit par réapparaître, révélant que ce qu’il souhaite récupérer n’est autre qu’un bijou familial… en forme de scorpion à tête de femme ! En outre, Conan se fait embaucher par l’homme le plus riche de Sicas, propriétaire de la mine d’argent locale, afin de débarrasser la ville de tous ses mercenaires, ainsi que par un marchand dont la fille bien aimée est tombée sous l’emprise d’une secte – pardon, d’un culte local et de son gourou, lui offrant par la même occasion une coquette somme d’argent.
Tout cela peut sembler un brin trop alambiqué au lecteur, mais répond en réalité à un plan ambitieux mis au point par le Cimmérien. L’occasion de battre en brèche le cliché encore prégnant du barbare bas de plafond. Conan, en effet, en fin observateur de la cité de Sicas, a compris qu’elle était gangrenée par ces rivalités de bandes, dont les perdants sont les habitants et les gens de peu, à l’image des mineurs qui s’étaient jadis dressés par la grève contre leur employeur… et que ce dernier avait maté en appelant les premiers mercenaires et en prenant leurs familles en otages. Conan suit ici son code de l’honneur, celui d’une chevalerie mythifiée, en prenant la défense des veuves et des orphelins. Après s’être fait connaître de tous les protagonistes grâce à sa valeur martiale, il parvient à les monter les uns contre les autres afin qu’ils s’entretuent. John Maddox Roberts nous offre là un scénario plutôt élaboré, où Conan ne parvient pas si facilement à ses fins – une femme parviendra à le surprendre – et dont le contexte anticipe la guerre civile qui finira par lui permettre d’accéder au trône d’Aquilonie…
Wagoo