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Une espèce en voie de disparition
dimanche 7 juin 2026, par
Lavie TIDHAR (1976-)
Israël, 2016, The Vanishing Kind
Le Belial’, coll « Une heure-lumière », 2026, 112 p.
C’est par une uchronie que Lavie Tidhar, étoile montante de l’imaginaire - c’est marqué sur l’étiquette de l’édition de poche de son roman Aucune terre n’est promise ! - fait son entrée dans le catalogue du Bélial dans la de plus en plus précieuse collection « Une heure lumière ». Si le point de divergence n’est pas clairement établi, il apparaît que les Alliés ont perdu la guerre ou sont sur le point de la perdre définitivement, celle-ci se poursuivant aux États-Unis après que Washington a été atomisée. Mais ce n’est pas la finalité du récit.
Gunther Sloam, scénariste de cinéma et accessoirement ancien du front de l’Est, arrive par avion à Londres pour répondre à l’appel à l’aide d’Ullu Blau, ancienne vedette de cinéma et pas du tout accessoirement ancienne amante de Sloam. C’est un romantique qui vole au secours de sa belle, mais l’eau-de-rose tourne à la série noire quand il s’agit de retrouver la belle à la réputation s’avérant douteuse dans une capitale de la Grande-Bretagne occupée qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Cerise sur le gâteau, la Gestapo locale surveille aussi attentivement que possible les mouvements de Sloam et, entre deux visites à un bouge ou à une mère maquerelle, notre héros finit régulièrement devant le Kriminalinspektor Tom Everly du département D, celui en charge des territoires occupés et des travailleurs étrangers, et, vraiment pas accessoirement, narrateur. Étrange idée d’ailleurs.
Je dis étrange, mais je devrais dire maladroite, car Everly ne fait que reconstituer les faits et gestes de Sloam d’après la surveillance de ses agents, à laquelle le dit Sloam échappe aussi régulièrement qu’un métronome, et de ce que ce dernier lui rapporte quand il échoit entre les pattes de la Gestapo. Or, à plus d’une occasion, il est clair qu’Everly n’a pas pu être mis au courant des événements.
La lecture d’Une espèce en voie d’extinction n’a eu de cesse d’éveiller en moi les échos de celle des romans de Philip Kerr et de son héros Bernie Gunther, détective privé dans l’Allemagne nazie. Probable que Lavie Tidhar serait honoré de la comparaison et estimerait avoir atteint son but. Sauf que tout du long je me suis demandé l’intérêt d’avoir situé l’intrigue dans un cadre uchronique. La conclusion du récit le justifie parfaitement mais semble largement tombée de nulle part, complétement déconnectée du récit, sauf peut-être à en faire une relecture pour y déceler les indices cachés... au risque de ne pas en trouver et de démolir les points positifs du bouquin !
Wagoo