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Les Vies parallèles de Greta Wells

dimanche 19 juillet 2026, par von Bek

« Madame, quand vous étiez petite, c’est cette femme-là que vous rêviez de devenir ? »

(page 16)

Andrew Sean GREER (1970-)

États-Unis, 2013, The Impossible Lives of Greta Wells

Éditions de l’Olivier, 2014, 306 p.

Ayant accédé à la notoriété grâce aux Confessions de Max Tivoli, Adam Sean Greer n’en est pas moins classé dans la littérature blanche, mais il cultive volontiers dans ses romans une veine fantastique qui lui permet d’approfondir la psychologie de ses personnages. Max vivait à rebrousse-temps ; Greta Wells voyage à travers le temps et les univers parallèles.

Ayant perdu en peu de temps frère jumeau et compagnon, Greta Wells sombre dans la dépression au point que la médecine courante n’apportant pas de solution, elle accepte des séances d’électroconvulsivothérapie (ECT) c’est-à-dire d’électrochocs cérébraux. Cependant, au lendemain de chaque séance, Greta est précipitée dans l’esprit d’autres Greta Wells qui suivent elles-mêmes de telles thérapies. Tour à tour, Greta se retrouve en 1918, au sortir de la Première Guerre mondiale, puis en 1941, juste avant Pearl Harbor, avant de regagner son époque, 1985, pour recommencer le cycle. Mais, si à chaque fois, il y a toujours eu dans la vie de Greta, un Nathan, un frère jumeau nommé Félix, homosexuel plus ou moins avoué, une tante Ruth au dessus de laquelle elle réside dans Patchin Place, impasse pittoresque de Greenwich Village, chaque époque est différente, tout comme le sont, plus subtilement, les Greta de 1918 et 1941. Un esprit chassant l’autre, les Greta de 1918 et 1941 voyagent aussi, mais l’histoire n’est contée que du point de vue de celle de 1985.

Andrew Sean Greer sculpte les différentes facettes de ses personnages pour mieux mettre en exergue la complexité de la psychologie humaine et aboutir au message des plus convenus, mais néanmoins difficile à appliquer, sur la nécessaire acceptation de soi et des autres pour trouver un équilibre quotidien. Le style est plus travaillé, peut-être même un peu trop quand « la véritable tristesse [est] une créature des abysses qui ne se laisse jamais voir » (p.21), mais manifeste en tout cas beaucoup plus de talent, que La Bibliothèque de minuit de Matt Haig que j’ai lu récemment. Néanmoins le résultat ne diffère que peu : je me suis juste ennuyé plus longtemps dans un récit que je qualifierais de quelque peu nombriliste.

A cela j’ajouterais que Greta Wells a des préoccupations de riches que son auteur se refuse à avouer : en couple avec un médecin, vous ne verrez pas la Greta de 1985 travailler quoiqu’elle soit photographe ; aux autres époques, la profession dispense les Greta de travailler. Elles résident toutes dans Patchin Place, véritable impasse new-yorkaise que l’auteur ose faire considérer par Greta comme sans charme particulier, quand ladite impasse est en fait au cœur d’un quartier des plus bobos dans les années 80 quoique le concept n’existât pas alors. Que Patchin Place ait par ailleurs été une rue peuplé de thérapeutes en tous genres dans les années 90 vient conforter une dimension des personnages négligés par Andrew Sean Greer tout en étant un beau clin d’oeil au moyen de voyage temporel qu’il a imaginé.

Patchin Place en 2011
Beyond My Ken

Il me faut cependant raison garder. Les Vies parallèles de Greta Wells n’est pas un mauvais livre ; il ne m’a simplement pas plu. Je me dois de plus de féliciter la traduction du titre original en une pastiche des Vies parallèles de Plutarque dans lequel l’historien gréco-romain se livrait à la mise en parallèle des vies d’hommes illustres à des fins comparatives. Idée géniale parce que n’est-ce pas ce à quoi se livre l’auteur en amenant Greta à comparer les différentes versions de sa vie ?