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Les Démons de Naples (Les Chasseurs de vampires de Napoléon, 2e partie)
dimanche 18 janvier 2026, par
Franck SCHILDINER
États-Unis, 2019
Black Coat Press, coll. « Rivière blanche - Noire », 2019, 360 p., traduction de Thomas Bauduret.
Les Chasseurs de vampires de Napoléon avait servi de volume d’introduction, Les Démons de Naples approfondit les aventures de ces deux personnages empruntés par Frank Schildiner à Paul Féval (La Vampire) et Sheridan Le Fanu (Carmilla) : côté français, le maître d’arme Jean-Baptiste Séverin, épéiste accompli et directeur de la morgue de Paris, également agent spécial de l’empereur en personne (Schildiner l’a toutefois privé de la fille qu’il possède dans le roman original au profit d’un fils précocement disparu) ; côté autrichien, l’agent spécial de la papauté Franz Karnstein, un exorciste qui porte sur ses épaules un lourd passé, puisqu’il a dû contrer les visées de son aïeule vampire aidée par sa mère en les assassinant toutes les deux…
Après avoir officié à Paris, les deux hommes, le premier maître du second, sont envoyés à Naples, dans le royaume désormais dirigé par le propre frère de Napoléon, Joseph Bonaparte. Il s’y déroule en effet des événements dramatiques, dominés par l’irruption de créatures semblant tout droit sorties des enfers. Il faut dire qu’un nécromancien amateur a ramené à la vie un être né avant notre ère, Nosos, directement issue de la mythologie grecque et bien décidée à multiplier ses servants et à se rendre maîtresse de l’Italie du sud, en attendant plus. Le problème, c’est que Séverin et Karnstein ne vont pas seulement se heurter à sa puissance, mais aussi aux luttes de pouvoir existant dans le royaume de Naples, principalement entre deux hommes, le chef de la police Johann Spurzheim et celui de son équivalent secret, l’abbé Frederico Gui. Ces deux hommes de l’ombre, mécontents de ne pouvoir donner des ordres aux deux envoyés du pouvoir napoléonien, poursuivent leurs propres ambitions. A ce tableau, il faut encore ajouter les principaux leaders de la mafia locale, Michele Bozzo (claire allusion aux Habits noirs justement créés par Paul Féval et stars des Compagnons de l’Ombre) et sa fille Francesca, mariée à un homme-marionnette désireux de secouer le joug qui l’enserre, Ettore.
Heureusement, Séverin et Karnstein vont recevoir l’aide d’un père et de sa fille, le maître d’armes Bartolomeo Dardi et la ravissante Sylvia. Mais Les Démons de Naples est en réalité encore plus riche, Frank Schildiner n’ayant de cesse de multiplier les personnages secondaires, dont il présente à chaque fois de manière relativement détaillée le passé. En outre, ces différentes factions vont pour certaines se rapprocher, non sans surprises au passage. Tout cela rend la lecture du roman riche et plaisante, d’autant que les nombreux échanges entre personnages sont complétés par quelques scènes d’action hautes en couleur, à commencer par les affrontements à l’épée. Autre spécificité, les vampires présentés ici sont loin du modèle posé bien après Paul Féval par Bram Stoker, et s’ils se nourrissent bien de sang – Nosos espérant même faire de l’humanité un troupeau d’esclaves à la disposition de ses semblables – ils ont la capacité de transformer leur mâchoire afin de l’ouvrir en forme d’étoile de mort, évoquant davantage Lovecraft que Stoker. Outre certains moments haut en couleurs, telle la fuite hors d’une prison emplie de morts-vivants, évoquant Walking Dead dans l’Europe des Bonaparte, on appréciera la relation entre Karnstein et Sylvia Dardi, une attirance mutuelle houleuse mais qui évite au premier de partager le sort de certains chasseurs de sorcière qui, pour reprendre le mot de Nietzsche, plongeant leur regard dans l’abime, deviennent aussi noir que lui.
Wagoo