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Dungeon Crawler Carl

Bordel, Donut !

dimanche 25 janvier 2026, par von Bek

Matt DINNIMAN

États-Unis, 2020

Lorestone, 2024, 512 p.

Ça ne commence pas dans une auberge, ni dans une taverne. La précision est d’importance parce que, dans les nombreux clichés du jeu de rôle, toute aventure commence dans une auberge ou dans une taverne (ce n’est pas vrai, mais ça fait partie des blagues des amateurs du genre). Or, Dungeon Crawler Carl est justement fondé sur les clichés du jeu de rôle, à commencer par ce premier opus d’une série qui en comporte, pour l’instant, sept volumes en version originale et que Lorestone, un label d’Editis spécialisé dans la LitRPG, a entrepris de publier en VF depuis 2024.

Ça commence par la fin du monde à laquelle Carl échappe parce qu’il était sorti, dehors, en caleçon, un 3 janvier, à 2h20 du matin, rattraper Donut, la chatte de concours de son ex-petite amie. Un syndicat de monde galactique vient réclamer son dû et, en guise de recouvrement, se saisi de la planète, en écrase comme des crêpes tous les bâtiments, tuant au passage tous les habitants de la planète sauf quelques millions à l’extérieur au moment crucial. Ces survivants, dont Carl et Donut, se voient inciter par une voix intérieure à se diriger vers un des escaliers d’accès à un donjon souterrain et deviennent les acteurs involontaires d’un gigantesque jeu de télé-réalité mais en version rôliste, organisé dans cette édition par la compagnie Borant. Pour survivre, il va falloir à Carl affronter les mobs, trouver des artefacts, améliorer ses caractéristiques de base grâce à la pratique et aux récompenses déverrouillées, mais aussi susciter de l’audimat et surtout parvenir à dénicher un escalier vers le niveau inférieur avant la fin du compte-à-rebours. Fort heureusement, il n’est pas seul : outre l’aide de Mordechaï, son guide attitré et lui-même ancien crawler qui se charge de lui expliquer les règles et concept du jeu, il seconde Donut qui a accédé à un niveau de conscience grâce à une potion magique et est devenu crawler à part entière.

Le concept risque de ne parler qu’aux rôlistes d’autant que ce premier tome passe beaucoup de temps aux choix de répartition ou à l’augmentation des points de compétence. C’est typiquement un aspect non négligeable du plaisir du jeu de rôle dans sa version en ligne ou non qui parlera d’abord aux initiés ou aux novices. Associé à un usage raisonnable du vocabulaire qui s’est imposé à la faveur de l’explosion du MMORPG - Carl et Donut affrontent des boss, bénéficient de buff -, il est indubitable que Matt Dinniman n’avait pas pour objectif premier de faire découvrir une passion à des non-initiés, même si le livre peut y parvenir.

Pourtant, l’auteur croise sa thématique avec celles de la télé-réalité et des réseaux sociaux. Si l’association jeux mortels et spectacles n’est pas nouvelle tant on ne compte plus les œuvres, notamment dans des adaptations cinématographiques [1], celle combinant jeux mortels et réseaux sociaux est plus modernes et offre un renouvellement bienvenu dans la dénonciation du voyeurisme malsain dans des réinventions des jeux du cirque romain. Ainsi Carl et Donut deviennent-ils des idoles des fans qui les suivent et les sponsorisent, et des invités récurrents des plateaux pour des talk show

Justement la question de la capacité de renouvellement se pose particulièrement, car Matt Dinniman imagine un donjon de dix-huit niveaux dont seuls les deux premiers sont abordés dans ce premier volume. Si l’ampleur galactique du jeu offre un potentiel illimité d’intrigues qui permet de compenser le caractère répétitif de l’aventure du donjon (mais qui est aussi un mème du jeu de rôle), encore faut-il que ces intrigues tiennent la route. Matt Dinniman esquisse donc quelques fils rouges appelés dont les autres extrémités se trouvent dans les profondeurs. L’un de ces fils rouges réside dans le sentiment de révolte et d’indignation qui travaille Carl devant le traitement subi par les Terriens exterminés et celui des crawlers qui se font décimer au fil du jeu.

Loin de susciter chez moi l’enthousiasme, la lecture de Donjon Crawler Carl s’avère quand même plus riche qu’il n’y paraît et génère assez d’engouement pour que j’en lise la suite.


[1] On pense à Running Man de Stephen « Richard Bachman » King, adapté par Paul Michael « Starsky » Glaser mais aussi à La Dixième Victime, adaptation de Robert Sheckley par Elio Petri en 1965, ou au Prix du danger d’Yves Boisset.