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Clones & chimères

dimanche 14 décembre 2025, par Maestro

Andréa DESLACS, dir.,

France, 2022

Arkuiris, 288 pages [1].

Fidèle à sa politique éditoriale faisant la part belle aux anthologies, Arkuiris propose cette fois une série de quatorze nouvelles déclinant le thème du clonage et de ses résultats parfois hasardeux. Comme d’autres en science-fiction, voici un thème au sein duquel les mythes ont parfois plus d’influence que les apports de la recherche. On sait en effet que des clones ne sont pas forcément identiques en tous points, pourtant, le clone reste le contre-modèle par excellence d’une société qui abandonnerait la part de singularité réservée à chaque individu.

C’est le cas dans la société dystopique de « L’unité, c’est la beauté » présentée par Julie Conseil. Mais son traitement, qui fait forcément la part belle au second degré, s’amuse aussi beaucoup avec ses personnages et leurs doubles, conduisant finalement à une critique latente du conformisme social. De même, les personnages de Mina Jacobson dans « Éparpillés sur la mer » sont généralement appariés en groupes de clones appelés les polyssés, et la déconnexion de l’un d’entre eux lui ouvrira les portes d’une meilleure appréhension du monde ; dommage que le cadre post-apocalyptique de l’histoire demeure flou, d’autant que certains passages s’avèrent finement ciselés.

C’est par sa forme chorale que « L’éveil des Padma », de Brice et Romain Le Roux, se distingue également, chaque personnage, essentiellement clones de la fondatrice d’une colonie spatiale, assurant tour à tour la narration d’un récit ouvrant sur une prise de conscience valant rébellion. « Numéro UN  », de Sophie Gesbert, présente une société de clones comme réponse à la baisse de la fertilité, mais c’est l’enquête menée par l’un des personnages et la chute inattendue qui font le plus dans sa réussite. On peut à cet égard en rapprocher « Hellébore », de Loïc Mauran, dans lequel un détective cherche à convaincre une drag-queen d’intégrer une des familles de Célestes. Un texte riche de ses bonnes idées, du commerce des gènes familiaux dont on est le copropriétaire à l’ajout via les gènes de capacités animales voire extra-terrestres.

« Mises à jour de l’Exochat », par Nicolas Duval, privilégie une veine humoristique et second degré plutôt plaisante, avec son hybride chat-humain-machine tout à fait improbable, un texte post-covid où la pandémie décrite transforme les humains en bubons géants ! Philippe Caza, lui aussi, fait feu de tout bois avec « Nous, lolita  », évocation de clones adaptées à la vie dans l’espace et contraintes de subir l’assaut de zombies intéressés par les organes poussant sur leurs corps : débridé, délirant et délicieux. L’anthologiste elle aussi se fend d’un texte marqué par l’humour, un rire plus jaune, plus ironique, sur les tensions dans une famille de la haute bourgeoisie autour de questions d’héritage («  Entre parents (thèses) »).

Dans le plus anecdotique « Oréana l’aînée  », de Jonathan Grandin, c’est l’humaine fruit de la reproduction naturelle qui est l’anomalie, au sein d’un monde de clones, tout comme dans « La chair est si ingrate… » d’Arnauld Pontier. De même, « Clones éphémères » de Laura Peunck explore la question de l’absence de droits accordés aux clones, mais son intrigue laisse l’impression de ne pas explorer tout son potentiel, tout comme « LCD » d’Eric Lysoe et son monde légèrement fantasy, dans lequel l’atavisme animal d’un hybride finit par reprendre le dessus.

« La symphonie inachevée », de Catherine Loiseau, sous des dehors relativement convenus, insiste sur l’importance du vécu et de la socialisation dans la différence profonde entre humains de souche et clones. Terminons avec «  Ysanamie », signé Frédéric Loulergue, nouvelle qui se distingue des autres par son parti pris fantasy plus proche du conte, belle mais si triste histoire d’une jeune femme tiraillée entre deux natures. Une anthologie inégale, comme souvent, mais qui mérite incontestablement le détour pour ses meilleurs textes.


[1] 18 euros pour l’édition papier / 2,89 euros pour l’édition numérique