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Les Compagnons de l’ombre - 34

dimanche 16 novembre 2025, par Maestro

Jean-Marc LOFFICIER (1954-)

France, 2025

Black Coat Press, « « Rivière blanche - Noire », 444 p.

Tout a malheureusement une fin, et ce trente-quatrième tome des Compagnons de l’ombre sera donc le dernier, si l’on excepte le volume annexe qu’est le Compagnon des Compagnons. De prime abord, c’est la surprise et l’originalité qui priment pour ce début de recueil. « Pétales écarlates, flammes pourpres  », de David McDonald, nous invite ainsi à la rencontre entre le Mouron rouge, célèbre adversaire fictionnel de la Révolution, et Maurice Lindet, le chevalier de Maison Rouge imaginé par Alexandre Dumas. « Les bourreaux meurent aussi » de Rick Lai souffre par contre d’un trop-plein de personnages, rendant la compréhension de cette intrigue de western délicate, tant le lecteur ne sait plus où donner de la tête… Pour « Cette teinte si particulière », signé Chris Roberson, c’est plutôt la frustration qui domine. Il faut dire que cette suite de On vole des enfants à Paris de Louis Forest se distingue par sa brièveté, nous laissant l’esprit empli de questions. L’expérience de Violet Hunter, chargée de faire cours aux enfants victimes du docteur Flax, nous permet seulement de comprendre que ce groupe de surdoués fait corps, et qu’ils intègrent, une fois adultes, les couloirs du pouvoir. De là à conclure à un dénouement proche des Coucous de Midwich…

« Judex à Hollywood » de Robert L. Robinson Junior nous invite à découvrir les débuts de la nouvelle vie américaine du célèbre justicier, qui croise une belle galerie de personnages – Charlie Chaplin, Philip Marlowe, Sam Spade, entre autres – dans le cadre d’une enquête destinée à retrouver la trace de son frère disparu. Mais son dénouement laisse entiers les contours de la future rencontre au sommet entre Judex et Fu Manchu. Autre figure récurrente des Compagnons de l’ombre, Arsène Lupin est la star de «  Le voleur de lumière et d’ombres », que l’on doit à David L. Vineyard. Le gentleman cambrioleur y fait la démonstration de ses compétences de caméléon, et cerise sur le gâteau, la nouvelle joue sur une mise en abyme, puisque l’action se déroule pendant le tournage d’une fiction sur Lupin tournée par… Louis Feuillade, le co-créateur de Fantômas ! Autre association fort sympathique, celle de Judex, à nouveau, et du prêtre Lankester Merrin, celui du roman (et du film) L’Exorciste, sans oublier un Auguste Dupin en fin de vie. Dans « Eau bénite », de Thom Brannan, ils doivent enrayer une invasion de vampires menaçant la France, ces derniers dirigés par Lord Ruthven en personne.

Avec «  La machine à recerveler », Xavier Mauméjean s’avère nettement plus radical. S’il réutilise deux des personnages principaux du roman d’Eugène Thebault, Radio-Terreur, réédité il y a quelques années par Terre de Brume, il imagine surtout une peste singulière, qui permettrait à ceux qui en sont atteint de modifier le réel. Autour de ce postulat, il réinterprète le fameux essai de Maurice Renard sur le merveilleux-scientifique, met en scène des terroristes adeptes d’Alfred Jarry et use comme Croquemitaine non pas du Hitler de notre continuum, mais de son pendant cinématographique créé par Charlie Chaplin. Impressionnant ! «  La chute de la cité scientifique » de Jess Nevins ne l’est pas moins. Il faut dire qu’il met en scène un véritable soulèvement anticolonial, dans la lignée d’un Frantz Fanon, des Africains prenant possession de la cité futuriste installée au cœur du Niger par Miraculas. Ce personnage oublié, inventé par H. de Volta, n’est qu’un exemple parmi d’autres de tous ceux que convoque Jess Nevins – citons par exemple les créations de Luis Senarens, « le Jules Verne américain ». «  La chute de la cité scientifique  » est à cet égard un véritable tour de force, manifestation d’afro-futurisme contre l’impérialisme occidental.

C’est un sujet plus grave qu’aborde le nouveau venu Riley Hogan avec « Les massacres épicuriens ». Sans vouloir trop en dévoiler, disons simplement qu’il est question de crimes sexuels, et que l’enquête les concernant est mené par deux éminents détectives, Jules de Grandin et Harry Dickson. Touche supplémentaire d’originalité, la présence d’un Igor Samsa, apparenté au célèbre Gregor Samsa de Franz Kafka… Autre partenariat inattendu, celui de Dickson avec le professeur Quatermass, célèbre pour ses apparitions dans quelques films et séries télévisées. Dans « Qui sème le vent…  », tous deux explorent une base secrète nazie en 1945, mais ces investigations demeurent relativement superficielles, malheureusement. Faisant suite à la nouvelle « Le retour du club des trois » (Les Compagnons de l’ombre 32), « La boucle est bouclée » remet au centre du jeu le fantôme de l’opéra, Quasimodo et le nain Jacques Courbé, confrontés ici à Gouroull – géniteur d’Erik, rappelons-le – lui-même engagé par les nazis dans un but cher à Indiana Jones : retrouver la lance de Longin.

« L’alchimie secrète des méchants ballons » de Micah S. Harrisest une de ces nouvelles au long cours, complexe à souhait, qui, bien que parfois difficile à suivre, se révèle d’une grande maîtrise et d’une inventivité tout aussi remarquable. Le Teddy Verano de Maurice Limat y mène une enquête impliquant des créatures du Malpertuis de Jean Ray mais aussi du village de la série Le Prisonnier. « Objectif Fantômas !  » de Nathan Cabaniss est du même type, le super-criminel cherchant à semer la zizanie entre services secrets et à déclencher rien moins que la Troisième Guerre mondiale. Pour contrer ses machinations, un pool d’agents va associer ses forces, parmi lesquels Nick Carter ou Tyrone Tackett. Côté agent, on retrouve Bob Morane dans « Les ombres du passé » deRod McFadyen, où le héros d’Henri Vernes est confronté à un adversaire inattendu, le Chiffre de Ian Fleming. Quant à « Le club des fantômes », que l’on doit à Atom Mudman Bezecny, il se rapproche de « Par mes enfants » de Franck Schildiner (Les Compagnons de l’ombre 33), à ceci près que Fantômas y est remplacé par Erik, le fantôme de l’opéra. Ce rassemblement d’admirateurs du personnage – eux aussi défigurés à des degrés divers – vont voir les missions confiées par leur idole les mener à un destin tragique…

Enfin, ce tome conclusif – ou presque – se clôt par deux nouvelles d’auteurs français rendant hommage à un des auteurs les plus prolixes du Fleuve noir, Maurice Limat. Artikel Unbekannt signe avec « Le diable en noir » un texte célébrant ce génie du mal qu’est Diabolik et sa compagne Eva Kant, puisqu’ils parviennent à empêcher le tournage d’un film de Mario Bava, produit par Dino de Laurentiss – lui-même acteur de l’histoire ! – qui les aurait mis en lumière. Quant à Jean-Michel Archaimbault, il propose «  Le choc des mondes » à partir d’une idée soufflée par Jean-Marc Lofficier : une aventure de Bruno Coqdor, le héros galactique de Limat, où ce dernier est confronté à un des nombreux personnages de Edward Elmer Smith, un des maîtres du space opéra à l’américaine. Extrêmement référentiel, ce texte est à réserver aux connaisseurs.


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