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Un monde après l’autre (Chroniques de St Mary, livre 1)

dimanche 31 mai 2026, par von Bek

Jodi TAYLOR

Grande-Bretagne, 2013, Just One Damned Thing After Another

Hervé Chopin, 2018, 352 p.

Quand les relativement modestes éditions Hervé Chopin commencent à publier en 2018 en France Les Chroniques de St Mary, la série compte déjà huit volumes, autant de nouvelles, et a déjà rencontré un bon succès dans sa langue d’origine. L’autrice étant plutôt prolifique avec au moins un si ce n’est deux volumes par an, l’édition française ne parvient à rattraper qu’au quatorzième et dernier volume paru en 2024. Quatorze volumes en onze ans interpelle sur le maintien d’un niveau de qualité satisfaisant. On ne peut en tout cas, avant même d’avoir tout lu, que féliciter l’éditeur de ne pas avoir abandonné en cours de route. Ce que J’ai Lu n’avait pas su faire avec l’excellente série du Dernier Apprenti-sorcier de Ben Aaronovitch. Ne digressons cependant pas et n’anticipons pas.

Madeleine Maxwell, petite rousse indisciplinée que tout le monde appelle mademoiselle Maxwell ou Max au point que j’ai eu de la peine à retenir son prénom, docteur en histoire de l’université (fictive) de Thirsk postule auprès d’un étrange institut suivant les conseils de sa mentor. Ledit établissement, baptisé St Mary, s’avère être un institut de recherches subventionnées répondant aux demandes des chercheurs en histoire pour vérifier tel ou tel fait en dépêchant sur place et à l’époque des historiens. Bref, St Mary dispose de la technologie du voyage temporel. Voyager dans le temps n’est cependant pas sans risque et il y a quelques règles à respecter. Dès lors, si St Mary dispose d’un personnel technique important, le nombre d’historiens-voyageurs reste très limité, le personnel ayant la fâcheuse manie de décéder. Pour Max, dont les antécédents familiaux demeurent très flous, St Mary devient cependant rapidement une véritable famille, nonobstant ses inimitiés avec Izzie Barclay, chef du service informatique, et grâce à son affection croissante pour le chef Farrell. Mais même un institut très secret a ses secrets.

Des historiens voyageurs temporels, ce n’est pas franchement nouveau, même élevé à la puissance de tout un institut. Connie Willis avait déjà imaginé une telle situation avec sa nouvelle « Les Veilleurs » en 1982, appelé à de prestigieux développements avec un cortège de prix Hugo. Cependant ce qui porte les aventures des historiens d’Oxford de Willis, c’est la mise en situation des historiens dans le passé. Rien de tel avec les historiens de St Mary. Jodi Taylor met autant en scène la préparation des voyages que les voyages eux-mêmes. Du moins dans ce premier volume qui nous emmène au crétacé et au IVe siècle. Les modules à voyager dans le temps sont largement évoqués. Elle joue davantage sur les codes classiques du voyage temporel tels que les règles à respecter, les entremêlements des chronologies individuelles. Elle introduit aussi une dose non négligeable de suspens en imaginant que l’on puisse se servir du voyage temporel à des fins purement lucratives et de manière purement égoïste.

Ajoutons à cela que maniant un humour très britannique, à l’instar de l’Américaine Connie Willis, et un certain talent pour quelques scènes intenses, sans en abuser toutefois. Nonobstant cela, Un monde après l’autre n’est pas exempt de défauts ou alors de filouteries narratives, l’auteur ayant tendance à faire croire que les personnels, notamment les historiens, sont plus nombreux et à l’oublier à certains moment. Ainsi elle parle de la promotion de Max comme si elle compte un certain nombre de personnes qui ne se révèlent que six. Le roman s’inscrit dans un laps de temps de cinq ans, ce dont on ne prend conscience que lorsque Max le mentionne explicitement. Donc Les Chroniques de St Mary ne sont pas la création du siècle mais n’en partent pas moins pour être une lecture détente addictive. Bonne pioche pour les éditions Chopin.