Accueil > TGBSF > D- > Le Dernier Cadeau du temps
Le Dernier Cadeau du temps
dimanche 3 mai 2026, par
Philip José FARMER (1918-2009)
États-Unis, Time’s Last Gift
Presses de la Cité, coll. « Futurama », 1984, 187 p.
Au XXIe siècle, l’humanité abat l’un de ses derniers murs : le voyage dans le temps. Encore celui-ci oppose-t-il quelques résistances et un mur temporel, de moins en moins éloigné, empêche de remonter le temps au-delà, et par ailleurs quelques modules inhabités envoyés moins loin, en 1973, 1815 et 1850, n’apparaissent dans aucune archive. Tentant le tout pour le tout et en dépit d’un coût paraît-il faramineux, la première expédition à proprement parler partent pour 12 000 ans avant notre ère, au Magdalénien, soit au paléolithique supérieur ouest-européen. Et tant pis si l’auteur se trompe de 2000 ans, le Magdalénien s’arrêtant vers 14 000 avant J.C., en dépit d’une documentation dont il ne manque pas de faire l’étalage.
Car ce qui commence comme un roman de pure science-fiction tourne vite au roman préhistorique nonobstant le matériel dont dispose l’équipage. Celui-ci se compose de trois hommes et d’une femme, épouse de l’un des trois, tous scientifiques triés sur le volet pour leurs compétences multiples à donner des complexes à Einstein ou à Tartarin de Tarascon. Entrant en contact avec une tribu d’homo sapiens du temps, les quatre apparaissent sans surprise comme des êtres extraordinaires, notamment le chef de l’expédition, John Gribardsun, un géant (1,95 m) ayant grandi au Kenya qui s’épanouit dans ce monde peu peuplé d’humains et dans lequel abonde une riche faune. Son aisance et son physique attirent la gente féminine y compris Rachel Silverstein, l’élément féminin de l’équipe, ce qui n’est pas sans susciter la jalousie de son époux.
C’est sur cette double base d’anthropologie et de classique relation humaine qu’est bâti toute le roman, pas très long il est vrai. Le récit, à force d’épisodes cynégétiques ou de descriptions, un peu pédantes et surtout répétitives, de campements « magdaléniens », perd largement de vue l’aspect science-fictif, malgré le fil rouge distillé par l’auteur avec lequel est tissé le mystère du personnage de Gribardsun. Le Dernier Cadeau du temps ne serait-il qu’une de ces histoires de voyages dans le temps, prétexte au récit d’aventure, comme la science-fiction sait en faire avec plus ou moins de succès et comme l’auteur a déjà réalisé avec une autre époque dans sa Porte du temps (1966) ?
Justement, comme dans ce dernier roman, une « révélation » finale, que l’on sent tout autant venir, rend au Dernier Cadeau du temps un regain d’intérêt dans ses dernières pages, non sans engendrer un peu de frustration, comme le fera Deux faucons de l’autre terre, la version améliorée des Portes du temps récemment rééditée d’ailleurs en poche chez Mnémos. Par ailleurs, le lecteur ne manquera sans doute pas de trouver des points communs entre Gribardsun et Tarzan. Ce n’est pas qu’une coïncidence ou une inspiration un peu facile : Philip José Farmer est alors depuis 1969 en pleine rédaction de romans adaptant le personnage de Burroughs à toutes les sauces et dont la série culminera avec le cycle d’Opar dans laquelle Gribardsun réapparaît justement.
Un roman mineur mais pourtant central de tout un pan de l’œuvre de Farmer.
Wagoo