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Les Compagnons de l’ombre - 33

dimanche 19 octobre 2025, par Maestro

Jean-Marc LOFFICIER (1954-)

France, 2025

Black Coat Press, coll. « Rivière blanche », série Noire, 438 p.

Comme le volume 32, le trente-troisième arbore une épaisseur peu commune, promesse d’autant de dégustations supplémentaires. Et cela commence très fort par « Les spectres de Gascogne », de Travis Hiltz, nouvel épisode de ses aventures spatio-temporelles dont le fil rouge n’est autre que le bon vieux docteur Oméga. Il fait ici une apparition en forme de deus ex machina, l’essentiel de l’intrigue reposant sur les épaules d’Orlando, d’un Solomon Kane vieillissant et d’un Porthos toujours bon vivant. Face à eux, le fameux Rotwang de Métropolis. Ultime texte de Martin Gately, hélas décédé, « La solution de Massada » boucle son cycle des aventures du jeune Robur par un retour aux sources, en l’occurrence dans la communauté au sein de laquelle il avait été élevé. L’occasion de régler ses comptes avec une secte adepte du suicide collectif et d’éclairer les origines de L’Albatros, vaisseau du futur Maitre du monde.

Parmi les textes les plus marquants, il y a incontestablement « L’école des coups durs » de Dennis E. Power. On y découvre en effet un pan de la vie de Passepartout, avant qu’il ne devienne le fidèle appui de Philéas Fogg. Disciple du chevalier Dupin (d’Edgar Allan Poe), il tente une reconversion dans l’enseignement, mais se heurte à la fois aux préjugés et aux menées du Ming d’Henri Vernes. Une confrontation fort originale, qui implique également et indirectement un certain Arsène Lupin. «  La Maison à vapeur à Innsmouth », de Paul Di Filippo, célèbre en particulier pour sa Trilogie steampunk, constitue une suite au roman de Jules Verne La Maison à vapeur. On y retrouve le même groupe de personnages, mais avec un véhicule foncièrement différent : en lieu et place de l’éléphant métallique géant et de ses palais hindous, place à un bison XXL et à deux tipis amérindiens ! Surtout, leur mission n’est pas ici de retrouver une jeune femme perdue, mais de capturer quelques profonds en vue d’une nouvelle attraction préparée par le célèbre Barnum. Tout ne se passera pas pourtant comme prévu, au long d’un récit prenant de bout en bout.

« Le Nyctalope au centre de la Terre » a ceci d’original qu’il se penche sur les premières aventures de Léo Saint-Clair, au début du XXe siècle. Le voici engagé par la société Lidenbrock pour élucider des morts mystérieuses survenues au cœur de la Terre, dans le monde de Pellucidar créé par Edgar Rice Burroughs devenu une Antarctique avant l’heure – un monde neutre, où les scientifiques peuvent travailler tranquillement… ou presque. Si la nouvelle n’explore pas toutes les potentialités de ce monde à l’intérieur du monde, il reprend des créatures véritablement effrayantes, imaginées en leur temps par Wyllis Cooper. Au moins aussi original, « Un sceptre entre les mains d’un enfant » de Jean-Marc Lofficier himself présente la toute première aventure d’Arsène Lupin… alors qu’il n’était âgé que de dix mois !

«  115,200 secondes » de Neil Penswick est de prime abord plus énigmatique. James Strand, le braqueur de banque du Tour du monde en quatre-vingt jours, y cherche à retrouver un Philéas Fogg vieillissant, et j’avoue rester dubitatif sur le principe même de ce texte. Reprenant des personnages de Jules Verne, « Une singulière hantise » signé John Peel est nettement plus convaincant. Carnacki, le chasseur de fantômes créé par William Hope Hodgson, mène une enquête sur des manifestations surnaturelles constatées chez lui par un banquier sans scrupule. L’occasion de revenir sur la cobaye d’un certain Wilhelm Storitz, un des derniers romans de Jules Verne. L’hommage à Lovecraft de la part de Pete Rawlik et Sal Ciano, auteurs de «  La déposition de Randolph Carter », est à la fois plus classique et plus subtil. Classique, en ce qu’ils mettent en scène Randolph Carter et son ami Étienne-Laurent de Marigny lancés en pleine investigation souterraine. Subtil, car le cadre est la ville de Bayonne, dans le pays basque (un choix qui me parle et me touche forcément), et que leur découverte ouvre sur des perspectives cosmiques vertigineuses.

Brian Gallagher, dans « Les archives secrètes de Vienne », met un terme aux aventures de la comtesse polonaise Irina Petrovska et sa Némésis, le docteur Cornélius Kramm, célèbre sculpteur de chair humaine. Il le fait dans un contexte idéal, celui de la chute de l’empire d’Autriche-Hongrie. Une atmosphère de fin de règne dans laquelle les derniers comptes vont pouvoir être réglés, les nations victorieuses cherchant à s’emparer des secrets d’origine extra-terrestre ou fantastique détenus par la double monarchie, tandis que les bolcheviques (dont il est fort peu probable à ce moment qu’ils aient pu envoyer des détachements de gardes rouges jusqu’à Vienne, eux qui étaient en pleine guerre civile en Russie) jouent le rôle quelque peu outré de grands méchants. «  Le cadavre exquis », de Tim Newton Anderson, juxtapose pour sa part deux intrigues distinctes. Si la première, plus attendue, est une confrontation intéressante entre le Nyctalope et Belphégor dans le musée du Louvre, la seconde met à l’honneur les surréalistes autour d’André Breton, lancés dans une performance assez folle. Osé et habile.

Bill Cuningham, pour sa part, propose dans « Le train de minuit pour Paris » un cocktail assez explosif et audacieux. En pleine Seconde Guerre mondiale, il met en scène d’un côté le loup-garou John Talbot associé à une Irma Vep devenue véritable vampire, et de l’autre Dracula et Fantômas ! Il convient d’y ajouter des Frankenstein et la propre fille de l’empereur du crime pour comprendre qu’on a là une rencontre au sommet, pleine de bruit et de fureur… Hommage au merveilleux scientifique que l’on aime tant, « Un avenir plus vert » de Matthew Dennion prolonge les événements du Docteur Lerne, sous-dieu de Maurice Renard en imaginant que Klotz, le disciple diabolique de Lerne, a réussi à faire passer sa conscience de la voiture qu’il animait à des êtres animaux comme végétaux. Très pulp dans l’esprit, « Un avenir plus vert  » convoque le Grand Psychagogue et fait surtout des connexions avec le Christine de Stephen King et même les super-héros les plus écologistes de DC et de Marvel. Chapeau !

Il revient à Frank Schildiner de clore ce tome riche et gouleyant par une pochade intitulée « Pas mes enfants », dans laquelle il met en scène le Fantômas des films des années soixante opérant une cruelle vengeance à l’égard de tous ceux – et ils sont nombreux – qui se revendiquent frauduleusement de son nom et de sa réputation.


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