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Demain, même heure

La Femme, la mort et le temps

dimanche 21 septembre 2025, par von Bek

Emma STRAUB (1979/1980 -)

États-Unis, 2022, This Time Tomorrow

Les Escales, 2023, 387 p.

Une flopée de ballons multicolores s’envolent dans un ciel bleu azur devant le sommet du Chrysler Building. Pour l’édition française de This Time Tomorrow, paru seulement un an auparavant aux États-Unis, les relativement jeunes éditions Les Escales ont cru bon de reprendre la couverture britannique des éditions Penguin. Aurais-je voulu trouver une couverture pour une romance new-yorkaise, version littéraire de Vous avez un message (Nora Ephron, 1998), que je n’aurais pas fait un choix très différent. Tout dans le design évoque un livre léger, de ces lectures à l’eau de rose, jusqu’au titre à consonance romantique quand ce n’est absolument pas le ressenti qui accompagne la couverture de l’édition origine. Les deux éditeurs ne pouvaient davantage se méprendre sur le contenu ou tenter d’abuser la clientèle, au risque de la décevoir et de mévendre nonobstant le quatrième de couverture qui corrige cette première impression, car si l’amour n’est pas complétement absent de Demain, même heure, il n’est pas plus présent que le désir. En fait, il y est surtout question de deuil et tout au plus pourrait-on envisager l’envolée de ballons comme le départ de l’âme.

Quoique simple employée au bureau des admissions de la sélective et huppée école Belvédère, Alice Stern est une « fille de » et même la fille de Leonard Stern, auteur à succès d’un roman racontant les pérégrinations temporelles de deux frangins dont l’adaptation à la télévision a achevé de leur assurer, à sa fille et à lui, une vie à l’abri du besoin, lui permettant d’acheter une jolie maison dans Pomander Walk et d’envoyer sa fille à l’école à... Belvédère, pépinière de futurs avocats, stars de cinéma, joueurs de tennis et eux-même rejetons d’avocats, universitaires, joueur de tennis... etc. Alice va avoir 40 ans et se prépare à fêter son anniversaire avec sa meilleure amie depuis l’école, mais passe une partie de son temps libre au chevet de Leonard qui se meurt sur un lit d’hôpital. Sans regretter vraiment sa vie, Alice aurait aimé que les choses soient différentes. Après sa soirée d’anniversaire un peu expédiée, elle échoue alcoolisée dans la remise à l’entrée de Pomander Walk et se réveille dans la peau de ses seize ans, le jour de son anniversaire et d’une party mémorable à la faveur d’un père qui a généreusement laissé sa maison à disposition pour assister à une convention de SF à New York. Est-ce l’occasion de tout recommencer ?

Résumé ainsi, c’est du déjà vu, notamment au cinéma, devant la caméra de Gary Winick en 2004 [1]. Sauf que finalement ce n’est pas sa vie sentimentale ou financière qu’Alice souhaite changer et qu’il apparaît que son séjour dans le passé ne dure qu’une journée, mais qu’elle peut le recommencer autant de fois que nécessaire. On n’est pas tout à fait dans Replay, mais pas non plus dans Un jour sans fin. Autant de références qui, avec d’autres, parsèment le roman d’Emma Straub mais sont plus concentrées dans la scène dans laquelle Alice échange avec les amis de son père à la convention de SF, occasion d’évocation des différentes histoires de voyage dans le temps (paradoxe du grand-père, boucle... etc). Autant dire qu’Emma Straub maîtrise les codes du genre que nous affectionnons.

De plus, libraire à Brooklyn, Emma Straub rappelle le fameux Voyage de Simon Morley en faisant parcourir à son héroïne les rues de New York. Au gré de ses réflexions, son héroïne Alice effectue un voyage nostalgique dont le centre est son père dont elle a toujours été proche mais qu’elle va apprendre à mieux comprendre et dont elle va devoir faire son deuil, c’est tout un sentiment sur l’acceptation de la vie et des choix faits qui est livrée. Quand on sait qu’Emma Straub est la fille de Peter et qu’elle a rédigé le livre pendant le séjour de son père à l’hôpital, on mesure mieux le caractère autobiographique du livre. Davantage qu’un roman sentimental, hommage aux histoires de voyages dans le temps mais sans révolutionner le genre, Demain, même heure n’est donc absolument pas ce que pourrait laisser croire sa couverture. Il est même très loin de l’histoire romantique à la rédaction légère.


L’avis de Jean-Daniel Brèque sur le blog du Bélial, un avis positif. Je trouve cependant que l’autrice est sévère avec elle-même en le qualifiant de roman de plage... ou alors elle ne se rend pas compte de ce que les gens lisent, un comble pour une libraire.


[1] 30 ans sinon rien avec Jennifer Garner et Mark Ruffalo.