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La Confrérie du talisman
dimanche 5 avril 2026, par
Clifford D. SIMAK (1907-1988)
États-Unis, 1978, The Fellowship of the Talisman
J’ai Lu, coll. « Science-fiction », 1990
Connu, et apprécié, surtout pour ses nouvelles et romans de science-fiction, Clifford D. Simak s’est aussi aventuré dans la Fantasy pure jus dans la dernière partie de sa carrière. Après Pèlerinage enchanté (que je n’ai pas lu) en 1975, il publie La Réserve des lutins en 1977 et en 1978 ce La Confrérie du Talisman dont je ne saurais trop ne pas vous recommander la lecture. Pourquoi ?
Ayant trouvé un vieux manuscrit illisible dans ses papiers, le seigneur Standish le confie à l’Église qui l’ayant traduit y découvre un témoignage sur la vie de Jésus Christ qui, s’il est authentique, constituerait le seul document historique attestant de l’existence du Christ. Un tel document procurerait un espoir salutaire. Pour prouver cette authenticité, il faut l’examen d’un expert résidant dans la ville universitaire d’Oxenford. Seulement pour s’y rendre, il faut traverser une région actuellement dévastée par la Horde des destructeurs, une armée de monstres qui apparaît régulièrement en différents points du monde et sème le chaos. Pensant qu’un petit groupe a plus de chance de passer inaperçu, l’archevêque et les Standish décident de confier le document au jeune Duncan qui accompagné de Conrad, son ami d’enfance bâti comme une armoire, aura la périlleuse mission de traverser la région en proie aux prédations de la Horde. Faisant chemin, les deux amis vont être confrontés à bien des périls et faire bien des rencontres qui viennent grossir leur expédition. Ils vont aussi trouver un mystérieux médaillon dont Duncan se persuade bientôt qu’il offre protection contre la Horde.
De ce résumé, il faut remarquer d’abord que Simak a campé son histoire dans notre monde, car c’est bien en Angleterre que se passe l’action, mais une Angleterre uchronique car, si la civilisation dont il est question n’a pas dépassé le niveau de développement du Moyen Âge, tout se passe au... XXe siècle ! Et Simak d’imaginer que la civilisation européenne n’a pas connu son essor parce que les interventions de la Horde sont toujours survenues à point nommé et ont fait échouer la première croisade (Jérusalem n’a jamais été prise), mais aussi les Grandes Découvertes. L’uchronie se fait fantasy quand s’ajoute dans le tableau une foule de créatures magiques (Gobelins, loups-garous, fantôme, banshee, griffon, dragon...) et les magiciens et sorcières afférents. Simak convoque aussi l’esprit de la légende arthurienne, mais ne s’en sert guère. Ce qui laisse perplexe, c’est d’abord qu’au final Simak ne prend jamais la peine d’expliquer les origines de la Horde.
Ce qui étonne aussi, c’est le caractère apologétique du rôle de l’Église chrétienne. Si on comprend bien qu’historiquement l’Église médiévale a constitué le principal centre du savoir du monde européen, on s’étonne un peu de l’audace de la présenter comme l’espoir de l’humanité dans le livre, écartant la réaction qu’elle avait historiquement manifestée contre certains esprits à partir de la Renaissance. Cependant, Clifford D. Simak ne verse pas dans le fanatisme religieux et le roman n’échappe pas à l’humanisme profond qui baigne chacun de ses écrits, mais il est clair que La Confrérie du talisman présente une vision positive, dénuée d’esprit critique, du rôle de l’Église.
À cela s’ajoute un récit profondément manichéen, même si les créatures magiques sont là pour appeler à la tolérance et la diversité : le Bien et le Mal s’affrontent, les majuscules sont de rigueur dans le livre ; ils existent ou semble exister de toute éternité. Les aventures pourraient faire un scénario passable de jeu de rôle, mais ne donnent pas à l’histoire un suspens haletant, les héros, un peu nunuches en particulier la guerrière nonobstant son courage physique, étant ballotés entre Charybde et Scylla et ne s’en sortent que parce que le but du roman est clairement de donner un message d’espoir.
Seul le style fluide de l’auteur permettra aux lecteurs d’aller jusqu’au bout et sans doute faut-il voir dans la célébrité de l’auteur et les prémices de l’édition de fantasy en France la raison de la publication de cet ouvrage très dispensable.
Wagoo