Accueil > TGBSF > C- > Les Chroniques de McAndrew
Les Chroniques de McAndrew
dimanche 14 décembre 2025, par
Charles SHEFFIELD (1935-2002)
Grande-Bretagne & États-Unis, 1978-1983
Robert Laffont, coll. « Ailleurs & Demain », 1985, 255 p., trad. de Jacques Polanis
« Si on peut retirer d’une histoire tout ce qui est science ou spéculation scientifique sans la mutiler gravement, c’est qu’il ne s’agissait pas de hard science en premier lieu. ». C’est ainsi que Charles Sheffield, diplômé en mathématiques et physique de l’Université de Cambridge et docteur en physique théorique de l’Université de Washington définit la Hard SF au début du recueil des Chroniques de McAndrew et cette définition aurait pu être reprise par Apophis dans son Guide des genres et sous-genres de l’imaginaire en complément de ses explications. Pour autant ce n’est pas le cas et Sheffield n’est pas même cité dans la liste des auteurs du sous-genre [1] quand son épouse, Nancy Kress, l’est, elle, sans doute parce que Charles Sheffield est un auteur qui n’a pas été beaucoup traduit en France et le peu qui en a été publié est largement oublié aujourd’hui. Mais pour qui voudrait s’initier à une Hard SF accessible mais néanmoins scientifique, ses créations constitueraient une bonne porte d’entrée : La Toile entre les mondes, roman publié en 1979, lançait quelques idées d’une exploitation de l’espace jusqu’à la ceinture d’astéroïdes, mais un an auparavant Charles Sheffield avait déjà poussé plus loin ses extrapolations scientifiques en publiant dans Galaxy une nouvelle intitulée « Killing Vector », première des chroniques de McAndrew et à laquelle il allait, dans un premier temps, donner quatre suites jusqu’en 1985.
La seule description physique de Arthur Morton McAndrew dont Charles Sheffield a bien voulu se fendre réside dans sa chevelure rousse affectée d’un début de calvitie et d’une pigmentation capillaire en recul. Le héros n’est donc pas décrit comme un Adonis ou un Hercule, mais l’évocation de sa chevelure est le vecteur des allusions à l’intelligence qu’elle recouvre, car McAndrew est décrit comme l’Einstein de son siècle et passe un certain temps à se perdre dans ses réflexions à la faveur d’interminables voyages spatiaux. Nous verrons cependant que cette description est loin de couvrir tous les aspects du personnage qui sont essentiels aux intrigues.
Savant émérite, McAndrew s’engage en tant qu’ingénieur de bord d’un transport pour pouvoir y mener des expériences qui ne seraient pas faisables dans son laboratoire orbital. Le transport fait la navette entre la Terre et la colonie de Titan, autour de Saturne, sous le commandement de Jean Roker qui est la narratrice des Chroniques, mais qui sert en fait de naïve pour permettre au lecteur de se voir expliquer tel ou tel point scientifique, non sans une certaine exaspération de la part de McAndrew. Ces deux-là se connaissent depuis un certain temps quand leur est confié la mission d’emmener vers Titan un dangereux chef d’une secte responsable de la mort d’un milliard de personnes. Ainsi commencent les Chroniques de McAndrew.
La première chronique, dans laquelle l’expérimentation sur les kernels ou trou-noir de Kerr-Newman joue un rôle essentiel répondant en cela à la définition de la Hard SF posée par son auteur, conduit à la réalisation dans la deuxième d’un vaisseau spatial capable de connaître une accélération de 50 g sans que ses passagers en soient incommodés grâce à un ingénieux équilibre des forces, mais quelques défauts de conceptions subsistent conduisant Roker à devoir secourir McAndrew à des milliards de km du système solaire. La résolution du problème permet ensuite, dans la troisième chronique, la construction d’un appareil encore plus véloce (100 g), baptisé Hoatzin, et ainsi de rejoindre une des Arches - c’est-à-dire un astéroïde transformé en vaisseau spatial - ayant quitté la Terre, puis, dans la quatrième chronique, d’aller explorer un corps céleste à l’instigation du Conseil de l’Alimentation et de l’Énergie en quête d’une source de nourriture pour une planète qui se voit prochainement d’épuisement des ressources. La cinquième chronique voit les deux héros « voler » au secours de leur fille (si, si...) sur une planète solitaire, i.e. qui ne gravite autour d’aucun astre, et donc théoriquement gelée.
Passée la première, les chroniques reposent toutes sur un schéma similaire plaçant les personnages dans une difficulté causée par une erreur d’appréciation scientifique ou technique résultant de la confrontation entre la théorie et la réalité : la résistance des matériaux, le concept de vaisseau générationnel, la question de l’évolution dans un milieu aux ressources nutritives illimitées ou le concept de planète solitaire. La mise en situation dangereuse apporte le suspens nécessaire à l’intérêt de lecture, mais Sheffield ne perd jamais de vue une relative vulgarisation scientifique qu’il complète par un appendice dans lequel est expliqué la frontière entre la science et la fiction au sein de chaque récit.
A cela s’ajoute un petit piment. Que faire pendant un voyage durant plusieurs jours voire plusieurs semaines, coincé dans un habitacle de quatre mètres sur quatre ? Dès la première chronique, il est bien perceptible que des liens différents unissent McAndrew et Roker et, dès la seconde, il apparaît que la libido et la jalousie constituent des moteurs des intrigues, de manière bien plus claire que dans La Toile des mondes et au même titre que le suspens et la science, sans toutefois franchir l’étape de la description explicite.
Aussi, et à moins que les théories abordées ne soient complétement dépassées aujourd’hui, Les Chroniques de McAndrew mériteraient d’être redécouvertes du public. Redécouvertes et complétées car l’édition de la collection « Ailleurs et Demain » et l’édition en Livre de Poche sont la transposition exacte du recueil étatsunien paru en 1983. Or Charles Sheffield a livré ensuite quatre autres chroniques entre 1992 et 1999 dont certaines s’intercalent entre les chroniques originelles avec lesquelles elles forment The Compleat McAndrew paru en 2000 chez Baen Books. Malheureusement, l’édition française et sans doute le lectorat français ne se sont guère intéressés à l’auteur. Publié dans l’hexagone de manière anecdotique déjà entre 1979 et 1992 et décédé en 2002, il n’aura donc pas l’occasion d’y voir paraître en 2003 une réédition de nouvelles appartenant à une autre série, celle des aventures du docteur Darwin.
| Titre | Titre original | Parution originale | Année |
|---|---|---|---|
| Introduction : les chroniques de McAndrew | Introduction : The McAndrew Chronicles | 1983 | |
| Première chronique : Vecteur annihilant | Killing Vector | Galaxy | Mars 1978 |
| Deuxième chronique : moment d’inertie | Moment of Inertia | Analog Science Fiction/Science Fact | Octobre, 1980 |
| Troisième chronique : toutes les couleurs du vide | All the Colors of the Vacuum | Analog Science Fiction/Science Fact | Février, 1981 |
| Quatrième chronique : en quête de la manne | The Mana Hunt | Analog Science Fiction/Science Fact | Septembre, 1982 |
| Cinquième chronique : planète solitaire | Rogueworld | The Magazine of Fantasy & Science | Mai, 1983 |
| Appendice : la science dans la science-fiction | Appendix : The Science in the Science Fiction | 1983 |
[1] Alors que Le Science-fictionnaire cite Les Chroniques comme exemple dans son article « Hard Science ». Cf. Stan Barets, Le Science-fictionnaire, t. 2, p.143-144.
Wagoo