Accueil > TGBSF > B- > Le Bouclier du tonnerre (Troie, 2e partie)
Le Bouclier du tonnerre (Troie, 2e partie)
dimanche 8 juin 2025, par
David GEMMELL (1948-2006)
Royaume-Uni, 2006
Bragelonne, 2008, 458 p.
Le Bouclier du tonnerre est donc le second volet de la trilogie troyenne de David Gemmell, sa dernière œuvre, qu’il n’a d’ailleurs pas eu le temps d’achever lui-même, sa femme s’en étant chargée. Il est donc logique que les références à la mort, nombreuses, se voient chargées d’un sens encore plus profond.
Le roman débute à la manière du Seigneur de l’arc d’argent, par des histoires de navigation et un personnage mycénien issu de l’imaginaire de l’auteur – en réalité, deux personnages remplacent l’héroïque Argurios, qui a donné sa vie pour la défense de Troie. Calliadès et Banoclès (ce dernier apportant une touche d’humour bienvenue dans un propos volontiers tragique) ne sont pas des inconnus, puisqu’ils avaient pris part à la conspiration contre Priam, étant d’ailleurs blessés par leur ancien camarade de combat, le dit Argurios. L’ironie de l’histoire, c’est que l’échec de leur entreprise a conduit à leur bannissement par Agamemnon, qui a en plus mis leurs têtes à prix ! Les voici donc menant une vie d’exilés auprès de pirates, tout au moins jusqu’à ce que leur route croise celle de Calliope. Cette dernière, ancienne amante d’Andromaque lorsque celle-ci était prêtresse sur l’île de Théra, a décidé de la rejoindre, habitée qu’elle est par les visions la montrant en danger. Sauvée de viols à répétition par Calliadès, on apprend surtout qu’elle n’est autre que… la sœur d’Achille ! Ces trois exclus croisent la route d’Ulysse, fidèle à lui-même : un des récits qu’il fait, celui de Circé et de ses compagnons transformés en porcs, tire son origine d’un transport commercial de cochons qu’il a dû effectuer, Circé étant la vieille femme ayant conduit les animaux jusqu’à son navire !
On retrouve dans Le Bouclier du tonnerre les scènes de combat menées tambour battant, de l’abordage du Pénélope au combat au sommet entre Hector et Achille en passant par un combat de lutte entre Banoclès et un des champions de l’équipage d’Ulysse. Et comme dans Le Seigneur de l’arc d’argent, l’intrigue prend tout son essor à compter du moment où Agamemnon, Pélée – présenté ici comme une véritable brute – et son fils prodige Achille accostent sur les rivages de Troie, invités qu’ils sont par Priam afin d’assister au mariage d’Hector et d’Andromaque et de participer aux jeux organisés en leur honneur. Ce second volet, pour être moins surprenant et moins marquant que le premier, n’en réserve pas moins d’agréables moments. L’union charnelle entre Enée et Andromaque en est un, sensuelle et tout en retenue. L’enchaînement d’événements et de conspirations menant à la désignation d’Ulysse comme ennemi de Troie, provoquant son ralliement à Agamemnon, en est une autre. De même, il est assez original de voir qu’Hélène est ici présentée comme une femme à la beauté tout à fait ordinaire ! Enfin, derrière la figure de celui qui se fait appeler le Prophète, et avec qui Gerhsom l’Egyptien exilé conclut un pacte, il est tentant d’identifier le personnage de Moïse, tant David Gemmell prend un malin plaisir à transformer les figures mythiques en individus historiques plus terre à terre.
Il ose même faire d’Hector un homme privé de l’usage de ses organes sexuels, alors qu’on associe si aisément héroïsme et virilité ! Ce même Hector qui est pourtant un des sommets du triangle amoureux central dans l’intrigue, celui d’Hélicon (le seigneur de l’arc d’argent), Andromaque (le bouclier du tonnerre, c’est elle, en raison de la tache de naissance qu’elle possède sur le haut du crâne, similaire au motif du bouclier d’Athéna) et Hector (chef du Cheval de Troie… nom donné ici à la cavalerie d’élite troyenne !). Gemmell s’amuse également à écarter l’idée d’une guerre pouvant durer dix longues années, l’expliquant à travers la bouche d’Ulysse par l’impossibilité pour Priam de payer aussi longtemps les mercenaires nécessaires à la défense de Troie afin de pallier à l’insuffisance de sa propre armée.
Le conflit proprement dit ne débute qu’après le milieu du roman, et passée une ellipse de trois années. Moment d’autant plus tragique qu’il oppose Ulysse et Enée, même si dans l’ensemble, David Gemmell nous fait pencher plus vers le côté troyen que vers celui des Grecs, les Mycéniens d’Agamemnon remplissant globalement le rôle d’adversaires détestables. Le traitement géopolitique de la guerre de Troie est ici fort intéressant, tout ne se résumant pas à un siège interminable. Outre les raids maritimes, le champ de bataille privilégié n’est autre que la Thrace, en proie à une guerre civile à laquelle se mêlent Mycéniens et Troyens.
Wagoo