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Swa

dimanche 25 mai 2025, par Maestro

Daniel WALTHER (1940-2018)

France, 1982-1983

Mnémos, omnibus, 354 p., 2024.

Ainsi que l’écrit Richard Comballot dans sa préface, Daniel Walther fait partie de ces grands noms de la science-fiction française, s’étant imposé au cours des années 1970, si riches, mais qui ne bénéficie pas de la postérité qu’il mériterait. Contrairement à Michel Jeury, Jean-Pierre Andrevon, Pierre Pelot ou Philippe Curval, peu ou pas de rééditions de ses œuvres, et alors qu’un Jean-Pierre Hubert avait eu droit à un très beau Dimension chez Rivière blanche, lui n’a pas eu cette chance. Swa compile trois romans parus initialement dans la collection Anticipation du Fleuve noir, et qui composent une trilogie de space-fantasy. Rappelons en effet qu’à l’époque, Daniel Walther, directeur de collection chez Opta, contribue à faire connaître la fantasy moderne en France, en publiant par exemplele cycle de Gor de John Norman.

Le Livre de Swa présente les enjeux et surtout son personnage principal. On est sur Terre, dans un futur post-apocalyptique qui peut rappeler celui du Hawkmoon de Michael Moorcock, où la composante médiévale est enrichie par certaines survivances technologiques (les flingos, qui s’apparentent à des lasers, les chiens robots ou Far, la seconde Lune… artificielle) ; l’auteur, comme Robert Howard, dissémine également des références historiques plus libres (ainsi de Visage-de-l’Ours, dont le titre d’Hetman rappelle à la fois Conan et les cosaques de notre histoire). Swa est un jeune novice de la forteresse du Serpent, où un ordre théocratique veille sur les connaissances. Gravissant les échelons de l’initiation – y compris celle des appétits charnels dans la Maison des femmes dite du Mal nécessaire – Swa nourrit des doutes croissant sur son avenir. Sa proximité avec un des maîtres lui ouvre les arcanes de savoirs interdits, tandis qu’il communique par télépathie avec Visage-de-l’Ours, le chef d’une horde barbare décidé à éradiquer la forteresse du Serpent. Swa, en leur en ouvrant les portes, finit par regretter la violence déchainée qui en résulte ; il espère surtout retrouver Lsi, son ancienne camarade enlevée par des dissidents de la horde. Dans cette histoire somme toute relativement classique, où le parcours de Swa est ponctué de rencontre de femmes (inaccessibles sur la durée, qu’elles soient prostituées, prisonnières d’une gangue de verre ou trop éloignées sur le plan culturel), le style de Daniel Walther se repère dans ses visions oniriques, culminant dans les délires de Swa à la suite du duel final, ses allusions au passé également (la guerre de cristal, évocatrice de La Forêt de cristal de J.G. Ballard), ainsi que quelques passages où la recherche lexicale est plus élaborée.

Dans Le Destin de Swa, on retrouve le héros et ses compagnons de la horde en exil, ayant abandonné la citadelle qu’ils avaient conquise. En lieu et place, ils sont allés jusqu’à la mer, caressant le projet de fonder une ville. Swa, après avoir rencontré le Vieux de la falaise, un transfuge de Far, est enlevé par des pirates, autre injection d’une temporalité historique à la Howard. Parallèlement, Dmitr Vashar, un des anciens cavaliers-saints de la Citadelle du Serpent, est devenu Tétrarque de la Nuit. Il n’a dès lors qu’un seul objectif, la vengeance contre Swa et les siens. Ce séjour chez les pirates est dominé par la rencontre de personnages tantôt sensuels – les deux prostituées noires – tantôt baroques – le capitaine Otman au masque de cristal. Comme dans le volume précédent, quelques chapitres sont autant de flash-backs permettant de revivre des épisodes de la Guerre de cristal ou des scènes de vie dans le monde en orbite de Far. Daniel Walther use également davantage des majuscules, dans un mode d’écriture typique de la SF en colère des années 1970.

La Légende de Swa, enfin, reprend là où se terminait le second volet, avec Swa, Lsi et Dorn, ancien fidèle de Visage-de-l’Ours, contraints de se réfugier sur une île afin d’échapper à la vindicte du Tétrarque de la Nuit. Ils y découvrent une communauté de robots, survivants du temps où le monde était encore civilisé, qui leur apporteront leur aide. Tout au moins pour les ramener sur la côte, où de multiples dangers les guettent. Parallèlement, un nouvel arc narratif concerne la Grande-Duchesse de Carlione, que Swa avait rencontré dans Le Destin de Swa. Elle est confrontée à un complot visant à la chasser du pouvoir qu’elle exerce, mais cette intrigue, indépendante en soi, peine à s’associer harmonieusement avec le destin de Swa lui-même. Bien que toujours riche en visions oniriques et en exemples de concaténations historiques (on y croise des janissaires et des amazones), cet ultime volet tend à faire penser que Daniel Walther se fatigue quelque peu de son héros. Notons au passage que les éléments science-fictifs s’y font plus prégnants encore, comme si les auteurs de genre de l’époque hésitaient encore à pleinement rompre les amarres pour les rivages de la fantasy (pensons à Hugues Douriaux et à sa trilogie de La biche dans la forêt d’Arcande).

L’idée force de cette trilogie, c’est l’opposition entre le dedans (les forteresses) et le dehors (les nomades), rejouant de la sorte la problématique d’Ibn Khaldoun sur l’essor et le déclin des civilisations. On trouve également des accents rosnyens dans Le Livre de Swa, le monde artificiel de Faraway étant en proie à une forme d’entropie implacable, une incapacité chronique à la reproduction et donc à la perpétuation de ce qui était conçu comme un sommet de l’évolution technologique.