Accueil > TGBSF > F- > The Fisherman
The Fisherman
dimanche 20 avril 2025, par
John LANGAN (1969-)
États-Unis, 2016
J’Ai lu, 2024, coll. « Fantastique », 384 p., traduction de Thibaud Eliroff
The Fisherman de John Langan s’inscrit dans un fantastique proche de la veine d’un Stephen King, mais qui peut également évoquer La mer sans étoiles d’Erin Morgenstern. On y retrouve les angoisses émanant d’une Amérique rurale encore imprégnée des mythes d’antan du premier, et une épaisseur humaine consistante.
Le narrateur, Abraham alias Abe, est ainsi un employé d’IBM qui a connu une véritable tragédie : son épouse, Marie, de quinze ans sa cadette, est morte moins de deux ans après leur mariage, d’un cancer du sein. Ce qui l’a aidé à sortir la tête de l’eau, c’est la pêche (sic). Abe s’est littéralement pris de passion pour ce loisir, dont la pratique lui apportait une véritable sérénité ; le calme auquel il atteignait semblait également propice à cet agnostique pour communiquer avec Marie. Dans sa boite, il côtoie Dan, un géant lui aussi victime d’un drame : un matin, partant petit-déjeuner en famille, il a perdu son épouse et leurs jumeaux, percutés par un camion. Un jour, Abe lui propose d’aller pêcher ensemble, ce qui va nouer entre eux une relation de complicité, à défaut d’être une réelle amitié. Après une passe particulièrement difficile, Dan propose à Abe d’aller planter leurs gaules dans une rivière peu connue des Catskills, surnommée Dutchman’s Creek, qui fait partie du réseau d’approvisionnement en eau de New York, un barrage et un lac de retenue y ayant été bâtis au début du XXe siècle.
Sur la route qui les y conduit, Abe et Dan font halte dans un diner où le premier a ses habitudes. C’est là qu’en annonçant le lieu prévu pour leur partie de pêche, ils vont susciter la défiance du patron, Howard, qui va leur raconter ce qui s’est jadis passé près du but de leur excursion de pêche. Cette histoire enchâssée occupe une place importante dans le roman, en taille (pratiquement la moitié du livre), mais également de par sa nature. Cette histoire a été transmise à Howard par un pasteur ayant lui-même recueilli le témoignage de la fille de l’universitaire, alors très âgée et pensionnaire d’une maison de retraite. On y croise un vieil acariâtre ayant accueilli en ses murs un singulier invité, capable de ressusciter les morts… dans un état différent de leur vivant, ainsi que le chantier de construction du barrage sus-cité. Parmi les ouvriers, un expatrié allemand, universitaire ayant visiblement un lourd passé, et sa famille.
Il y a une indéniable atmosphère lovecraftienne dans cette histoire dans l’histoire, même si les influences sont plus larges. On y trouve en effet des livres maudits (Les mots secrets d’Osiris), et un homme surgi du XVIe siècle, ayant vu sa famille massacrée par les Hongrois, déterminé à se rendre maître d’un monstre antédiluvien (qui correspond au Léviathan biblique, mais ses noms sont pluriels), tapi dans un océan noir sous le monde. Le parallèle avec les Grands Anciens et Cthulhu en particulier est tentant, mais John Langan parvient à mener son histoire avec une personnalité propre. La mort supposée du Pêcheur ne met pas pour autant fin à la menace, qui s’incarne ensuite dans The Dutchman’s Creek, ce cours d’eau résultant des travaux réalisés autour du barrage que l’on devine issu de l’océan sous-jacent, une variante des enfers.
The Fisherman est un bon roman, qui sait susciter de l’empathie en évoquant la difficulté du deuil, mais également de l’horreur par ses descriptions économes en effet, d’autant plus efficaces dans la distillation d’une atmosphère pesante. On pourrait trouver à redire sur la fin du livre, moins convaincante que ce qui précède, mais le plaisir de lecture est là, vertébré par cette morale qui n’est simple qu’en apparence : le deuil est sans retour, et l’apprivoiser demeure la seule option bénéfique.
Wagoo