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The Best Time Travel Stories of the 20th Century

dimanche 20 avril 2025, par von Bek

Harry TURTLEDOVE (1949-) & Martin H. GREENBERG (1941-2011), dir.

États-Unis, 2005, xiii+425p.

Ce The Best Time Travel Stories of the 20th Century est le prolongement logique des volumes parus en 2001, le Best of Alternate History Stories of the 20th Century et le Best Military Science Fiction of the 20th Century. Logique parce que, s’il n’est pas à proprement parlé un spécialiste des histoires de voyage dans le temps, alors qu’il l’est indubitablement des uchronies et de la SF militaire, Turtledove n’en est pas moins un connaisseur du genre. Les connexions entre les trois sont d’ailleurs fréquentes et ce volume aurait pu lui aussi accueillir Autant en emporte le temps qui s’inscrit presque parfaitement au carrefour des trois. Il s’en distingue cependant par l’organisation des dix-huit textes selon un classement strictement chronologique de date de parution, ce qui n’est pas sans permettre d’y distinguer quelques tendances.

Ainsi le dinosaure semble fasciner l’auteur de science-fiction qui ne diffère ainsi que très peu de ses contemporains. Pas moins de trois histoires s’y rapportent, toutes écrites dans les années 50 et toutes parlant de chasse, même si seulement deux d’entre-elles reposent sur l’organisation de safaris dans la préhistoire, la plus fameuse restant « Un coup de tonnerre » [1] de Ray Bradbury qui aurait d’ailleurs pu figurer aussi dans le Best of Alternate History Stories. La nouvelle de Sprague de Camp, « Chasse au dinosaure » imagine un safari qui tourne mal par la faute d’un chasseur égoïste tandis que dans « Vecteur temporel » d’Arthur C. Clarke, une équipe de paléontologistes exhume les traces de la traque d’un dinosaure jusqu’à son aboutissement final.

De la chasse, on peut glisser au prélèvement tel qu’il en est question dans les nouvelles de Larry Niven, « Leviathan ! » et Joe Haldeman « The Anniversary Project ». Dans la première, une équipe de scientifiques pêche, littéralement, une créature marine dans un univers parallèle en un récit croisant les références entre la Bible et Moby Dick (laquelle œuvre est déjà une référence au texte religieux). Dans la seconde nouvelle, Joe Haldeman imagine une humanité extrêmement lointaine et n’ayant plus grand chose à voir avec nous, prélevant un couple à un moment disons délicat à des fins scientifiques et mémorielles. J’aurais ensuite tendance à rapprocher la nouvelle de Haldeman de celle de Robert Silverberg. En effet, « Voile vers Byzance » met aussi en scène une humanité future qui a profondément évolué et prélève des humains dans le passé, mais alors que chez Haldeman la question de l’humanité est un prétexte nécessaire au récit, elle est le œur de M. Silverberg.

Cependant l’un des grands plaisirs, à mon sens, du récit de voyage dans le temps, réside dans le paradoxe ou dans la boucle temporelle et, fort heureusement, cette anthologie en contient sa part. Dans « L’Armoire temporelle », Henry Kuttner imagine un avocat véreux tentant d’exploiter l’invention d’un ami pour dissimuler des preuves incriminantes, mais on échappe pas à la main bien que ce ne soit pas toujours celle de la justice. Non moins réjouissante, « Rainbird » de Lafferty met en scène un inventeur de génie qui doit beaucoup à ses propres conseils. Tout ne prête cependant pas à rire car « Nef de mort » de Richard Matheson confronte des astronautes face à leurs destins posant la question de son inéluctabilité. Enfin, Ursula K. Le Guin inscrit le voyage dans le temps dans son cycle de Hain comme un possible effet du Churten, machine permettant des voyages instantanés. C’est aussi un des deux seuls récits qui se soucie des lois de la physique puisqu’il s’appuie en partie sur les lois de la relativité, l’autre récit étant « Trapalanda », la cité d’or ushuaïenne que Charles Sheffield imagine comme étant en fait le point d’entrée d’une singularité.

Au milieu de tout cela, a été glissé un récit d’une autorité du genre en la personne de Poul Anderson. Dans « L’homme qui était arrivé trop tôt », l’auteur de la Patrouille du temps y aborde un thème récurrent chez lui à savoir la confrontation de culture d’âges complétement différents en balançant un Américain du XXe siècle dans l’Islande viking. Le voyage temporel ne sert donc bien ici que de moyen à l’auteur pour parvenir à ses fins, nonobstant que le déplacement temporel résulte de l’explosion d’une arme radioactive. Un peu moins anecdotique est la personne d’Harry Kramer, vieux juif new-yorkais que la cherté de la vie contraint à vivre dans une chambre de pension dont la penderie dissimule un passage vers les années 30. On ne saura jamais le pourquoi du comment car ce qui soucie Harry, c’est la santé de sa petite-fille. La nouvelle de Nancy Krest « The Price of Oranges », critique à peine voilée de l’Amérique de Reagan, a pris une teinte d’actualité en ce XXIe siècle, mais sur un tout autre sujet.

Et puis il y a quelques inclassables qui, il faut bien le dire, m’ont un peu échappé soit par manque de référence culturelle comme « The Pure Project » de John Kessel ou même de compréhension comme « Timetipping » de Jack Dann. Le premier tient du récit de Road Movie horrifique dans lequel un immortel sème sur sa route les crimes gratuits fuyant un événement (tragique ?) fondateur. Le deuxième m’a complétement échappé avec son histoire de vieux juifs perchés sur un toit (au début). « Yesterday was Monday » est un récit très fantaisiste de Theodore Sturgeon imaginant les jours comme autant de scènes d’une vaste pièce et sur lesquelles les Humains s’agitent leur heure durant sans que cela ne signifie rien. Reste un classique, « Les veilleurs de feu » de Connie Willis, récit auréolé d’un Hugo et fondateur d’une série promise à la gloire.

Ce Best Time Travel Stories of the 20th Century fait meilleur impression que son grand frère tout en ne parvenant pas à dissiper la subjectivité de l’appréciation. Je n’ai pu m’empêcher de remarquer qu’il n’avait en commun qu’une seule nouvelle avec Histoire de voyages temporels qui est pour moi une anthologie de référence. Je continue à trouver que certains textes auraient largement mérité leur place dans la sélection de Turtledove et Greenberg. « Saison de grand cru » de Kuttner et Moore y aurait, à mon avis, eut sa place. Cependant ce recueil a des qualités que n’avaient pas le Best of Alternate History.... Outre que les présentation des auteurs sont nettement plus soignées, six textes sur les dix-huit n’ont jamais été traduits en France, et un certain nombre de ceux qui l’ont été s’avèrent anciens, la lecture de ce recueil n’est donc pas inutile à défaut d’être absolument nécessaire.

N° Auteur Titre Date de publication Titre français Date de 1ère publication française
Harry Turtledove introduction
1 Theodore Sturgeon « Yesterday Was Monday » 1941 « Hier, c’était lundi » 1976
2 Henry Kuttner [2] « Time Locker » 1943 « L’armoire temporelle » 1968
3 Arthur C. Clarke « Time’s Arrow » 1950 « Le Vecteur temporel » 1960
4 Jack Finney « I’m Scared » 1951 « J’ai peur » 1988
5 Ray Bradbury « A Sound of Thunder » 1952 « Un coup de tonnerre » 1954
6 Richard Matheson « Death Ship » 1953 « Nef de mort » 1974
7 Lyon Sprague de Camp « A Gun for Dinosaur » 1956 Chasse au dinosaure 1956
8 Poul Anderson « The Man Who Came Early » 1956 « Le Voyage prématuré » 1957
9 R. A. Lafferty « Rainbird » 1961
10 Larry Niven « Leviathan ! » 1970
11 Joe Haldeman « Anniversary Project » 1975
12 Jack Dann « Timetipping » 1975
13 Connie Willis « Fire Watch » 1982 « Les Veilleurs du feu » 1984
14 Robert Silverberg « Sailing to Byzantium » 1985 Voile vers Byzance 1987
15 John Kessel « The Pure Product » 1986
16 Charles Sheffield « Trapalanda » 1987 « Trapalanda » 1990
17 Nancy Kress « The Price of Oranges » 1989
18 Ursula K. Le Guin « Another Story or a Fisherman of the Inland Sea » 1994 « Le Pêcheur sur la mer intérieure » 2010

[1] Il a été choisi d’utiliser le titre français quand le texte a déjà été publié dans cette langue.

[2] Sous le pseudonyme de Lewis Padgett