Accueil > TGBSF > S- > Sept jours pour expier

Sept jours pour expier

dimanche 26 janvier 2025, par von Bek

Walter Jon WILLIAMS (1953-)

États-Unis, 1991, Days of Attonement

Denoël, coll. « Présence », 1993, 1ère édition française, trad. de Jean Bonnefoy

Très sensible aux quatrièmes de couverture depuis mon expérience avec Le problème à trois corps, je dois avouer que celle de Sept jours pour expier est particulièrement léchée et qu’aucun texte ne peut la remplacer. Aussi vais-je laisser, pour une fois et par facilité, la parole à l’éditeur :

Perdue au fond du Nouveau-Mexique, la petite ville d’Atocha se meurt doucement, oubliée à l’orée du XXIe siècle, même si une secte millénariste a cru y voir des ovnis, même si on y a installé un train futuriste, et même si un centre de recherches en physique quantique s’est récemment installé à ses portes.
Jusqu’au jour où cet univers provincial seulement rythmé par les prêches du pasteur, la chasse aux braconniers et les rixes du samedi soir, va se détraquer pour Loren Hawn, le chef de la police : fermeture de la mine de cuivre, troubles en ville, alerte au centre de recherches.
Mais ce n’est encore rien à côté de cet homme qui vient un soir mourir dans ses bras, criblé de balles. Un homme que Loren connaît bien — comme il connaît tout le monde dans le pays. Il se trouve seulement qu’il est déjà mort dans un accident de voiture vingt ans plus tôt...
A la fois thriller technologique et chronique du Sud profond à la Steinbeck, un roman où l’aventure individuelle témoigne d’un désarroi général : celui d’un monde encore lesté de passé face à un futur déjà en marche.

Ceci posé, il me faut avouer que le roman n’est pas tout à fait à la hauteur de ses ambitions. A commencer par la veine science-fictive puisqu’il a paru dans une collection du genre et même que c’est ce qui a attiré mon attention sur lui. Sept jours relève de la science-fiction d’abord parce qu’il place son action dans un futur alors relativement proche (le début du XXe est évoqué dans le 4e) et que Walter Jon Williams a placé quelques rares évolutions technologiques dont le train à lévitation magnétique constitue l’élément le plus massif et la société high-tech du Laboratoire de Technologie Avancée, l’élément le plus important. Notons au passage que l’auteur n’aura pas su deviner quelques évolutions majeures comme les écrans plats. Mais Sept jours relève aussi de la SF parce que son intrigue dépend d’événements qui en relèvent, en l’occurrence l’intrusion d’un mort déjà mort vingt ans plus tôt. Pour autant, à l’image d’un Jésus vidéo mais pas avec le talent du suspens de ce dernier, la SF ne joue vraiment qu’un arrière plan qui n’est indispensable qu’en raison de la tendance du héros à l’introspection.

Car Loren Hawn est en fait un personnage torturé par son passé de coureur de jupons et sa propension à la violence actuelle. S’il n’a de cesse de se convaincre avec succès que la première de ces tendances est révolue, la deuxième ressurgit régulièrement dans l’exercice de ses fonctions. C’est un personnage à la colère à fleur de peau mais perpétuellement en quête de rédemption. Or il appartient à une Église fictive - l’Église des Apôtres - dont il fréquente assidument le culte notamment lors de la semaine de la rédemption durant laquelle le pasteur consacre quotidiennement un prêche à l’un des sept péchés capitaux, d’où les sept jours d’expiation.

Le tout s’inscrit dans un contexte politico-social jouant un rôle important. Atocha est une ville qui n’en finit pas de mourir et que la nouvelle municipalité, républicaine pour la première fois depuis des décennies, espère sauver grâce aux promesses d’investissements de la L.T.A., mais ne s’embarrasse toutefois pas trop des retombées sociales de la fermeture de la mine de cuivre voisine. Autant dire que le Laboratoire de Technologie Avancée dispose d’un levier puissant sur les autorités locales dont le responsable de la sécurité de l’entreprise ne va pas se priver d’user pour cacher les dysfonctionnements de ses services.

Si l’on fait la somme des thématiques abordées dans Sept jours pour expier, il en résulte un livre aux facettes multiples qui n’est pas sans rappeler cependant de nombreux scénarios de film si on le résume plus succinctement : un policier aux méthodes peu déontologiques qui se heurte à sa hiérarchie quand il s’agit de découvrir les crimes d’une grande entreprise. C’est du déjà vu et Walter Jon Williams ne parvient pas à le renouveler suffisamment.