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Récursion

dimanche 27 octobre 2024, par von Bek

Blake CROUCH (1978-)

États-Unis, 2019

J’ai Lu, coll. « Nouveaux Millénaires », 2021, 384 p., traduction d’Antoine de Monvoisin

2007. Helena Smith voit ses rêves de financement de recherches neurologiques comblés par le recrutement généreux mais exigeant d’une éminente compagnie. Un véritable miracle si l’on considère qu’avec ses 38 ans, Helena, ne fait plus partie des poulains sur lesquels mise le capitalisme moderne.

2018. En dépit de ses efforts, Barry Sutton ne parvient pas à retenir psychologiquement puis physiquement une femme de sauter du haut d’un gratte-ciel. SFS, syndrome du faux souvenir lui confie-t-elle avant de se jeter dans le vide et de venir grossir les rangs de ce qui est alors une véritable épidémies et est pris comme telle. Un matin, homme ou femme se réveillent avec des souvenirs qui ne correspondent pas à la réalité de leur vie et dont la nostalgie devient insupportable au point de les pousser à mettre fin à leur jour. Quelque chose que peut comprendre l’officier de police Sutton puisque lui-même a du mal à vivre depuis la mort de sa fille dans un tragique accident des années auparavant. Aujourd’hui la victime, célibataire sans enfant, est persuadée d’avoir été mariée au point de retrouver ce mari qui hante ses souvenirs et de le découvrir menant une heureuse vie de famille, mais quand, dans élan de zèle, Barry va vérifier auprès du mari en question à l’autre bout de Long Island un doute s’immisce dans son esprit, trop tard. Capturé, Barry se voit offert l’opportunité de tout recommencer, comme d’autres, mais il faut savoir rester discret, avoir une conscience complaisante et espérer que tout se passe bien cette fois...

Alors que la nouvelle de l’adaptation de Dark Matter, une histoire d’univers parallèles, pour Apple TV attire mon attention sur l’auteur du roman originel, Blake Crouch, c’est d’abord sur Récursion, une histoire de voyage temporel publié trois ans après Dark Matter, que je jetais mon dévolu. Récursion, comme le titre le suggère [1], s’inscrit dans en partie dans un type de récit bien particulier du genre, celui dans lequel une boucle temporelle se répète et dont l’archétype demeure le film d’Harold Ramis, Un jour sans fin.

A l’instar de de ce que Claire North a mis en scène dans son roman Les quinze premières vies d’Harry August, la réitération s’étale à l’échelle de vies entières, les deux héros étant amenés à revenir constamment dans le passé faute de parvenir à leurs fins, mais, différence capitale par rapport à tous les récits du même genre, les retours en arrière sont susceptibles d’être perçus aussi par d’autres ce qui n’est pas sans
avoir des conséquences qui peuvent s’étendre à l’échelle de la Terre entière. En d’autres termes, dans Récursion, un retour en arrière n’est pas le seul fait du voyageur temporel mais de toute la réalité qui n’en a pas forcément conscience mais qui peut aussi être amenée à réaliser que quelque chose a changé. Quand la prise de conscience est le fait de la Terre entière, on imagine - enfin Blake Crouch imagine - ce que peuvent être les réactions de grandes puissances. Dès lors, il ne s’agit pas que d’une histoire de voyage dans le temps.

Ainsi Récursion a les atours du thriller, même modestes. Il repose cependant sur l’acceptation par le lecteur que la réalité n’est la perception que d’un seul puisque son voyage précipite en fait tout le monde dans le passé. Or, il y a plus d’un voyageur... ce qui n’est pas sans susciter quelques questionnement chez le lecteur fan de voyage dans le temps et avide de raisonnement logique.

Que cela ne ruine pas votre plaisir, Récursion se dévore et je réitère mon conseil de lecture et même de relecture.


[1] Qui peut être répété théoriquement un nombre indéfini de fois par application de la même règle, par la voie d’un automatisme.