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Nouveau monde
dimanche 3 décembre 2023, par
John CHRISTOPHER (1922-2012)
Royaume-Uni, 1983, New Found Land
L’école des loisirs, coll. « Médium », 1988, traduction de Isabelle Reinharez.
Nouveau monde est le second et dernier volet de l’histoire initiée avec Boule de feu, une uchronie écrite pour la jeunesse par John Christopher, surtout connu pour sa trilogie des Tripodes. Rappelons-en les fondements : Simon, un jeune britannique, et son cousin étatsunien Brad, venu en visite chez lui, se retrouvent, par le biais d’un phénomène ressemblant à une boule de foudre, dans un univers parallèle. L’empire romain y a défié le temps, et l’irruption des deux exilés de notre Terre accélère la révolution chrétienne qui s’y préparait. Avec deux amis, Simon et Brad avaient décidé de fuir ce nouvel ordre monothéiste et dictatorial, pour rallier une Amérique non encore découverte. L’objectif ? Se rendre en Californie, là où le père de Brad habitait, mais dans notre monde.
Le roman possède un vrai sens du rythme, les épisodes se déroulant avec une certaine linéarité mais aussi une efficacité imparable. Confrontés d’abord aux Algonquins, les quatre amis sont finalement marginalisés, et contraints de fuir par le sud, ils finissent par échouer sur une île peuplée de Vikings parlant latin ! L’explication exposée ultérieurement tient la route, s’appuyant sur la thèse alors en plein essor (et largement prouvée par l’archéologie depuis) d’une implantation viking en Amérique du nord. À la même époque, d’ailleurs, Pierre Bameul signa une double uchronie sur des prémisses similaires (Pour nourrir le soleil). Mais les Vikings en question se sont amollis, leurs femmes prenant finalement l’ascendant sur eux, même si cette déclinaison matriarcale n’est pas approfondie. Contraints une fois encore de fuir, cette fois avec l’une des jeunes femmes vikings, Brad et Simon se retrouvent sommets d’un triangle amoureux avec cette dernière. Là encore, John Christopher s’avère capable de surprendre le lecteur, puisque la jeune fille en question est finalement trop lourde pour l’élu de son cœur, sa dimension de « garçon manqué » pouvant néanmoins prêter le flanc à la critique de par les clichés mis en scène.
L’ultime étape du voyage des quatre transfuges les porte dans un empire aztèque étendu, ayant triomphé des Incas et assimilé leurs propres avancées civilisationnelles. Un moyen, pour l’auteur, de critiquer une nouvelle fois le fanatisme religieux, ici celui bien connu des sacrifices sanglants aztèques. Néanmoins, comme dans Boule de feu, c’est d’un empire statique, immobile dont il est question, ne s’étant jamais lancé à la découverte de l’Atlantique. Certaines erreurs historiques sont d’ailleurs présentes, du porc élevé par les Aztèques alors qu’il n’existait pas en Amérique aux lamas devenus montures, chose a priori impossible. La traduction elle-même n’est pas exempte de quelques fautes, sur les dates (800 après et non avant Jésus pour le début des raids vikings) ou sur les institutions nordiques (le Thing, assemblée viking, est traduite littéralement par la Chose !).
Nouveau monde se clôt sur une dernière découverte réalisée par Brad et Simon, qui anticipe sur le livre à succès, bien que totalement ascientifique, de Gavin Menzies, 1421. L’année où la Chine a découvert l’Amérique. Ne manquent finalement que les Égyptiens et les Phéniciens 😊.
Wagoo