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Les nomades de Gor

dimanche 12 mars 2023, par Maestro

John NORMAN (1931-)

Etats-Unis, 1969

Opta, 1979 pour la première édition / J’Ai Lu, collection Pulps, 2006, pour la dernière édition, traduction de Bruno Martin.

À la fin des Prêtres-Rois de Gor, troisième volet de la série fleuve de John Norman, Tarl Cabot était parti pour le sud de son monde d’adoption, en quête d’un œuf susceptible d’assurer un avenir à l’espèce extra-terrestre avec laquelle il avait fini par sympathiser. Dans ces plaines sans fin, vivent les peuples des chariots, que l’on pourrait rapprocher des Mongols de notre réalité historique. Par un affrontement martial qui est aussi compétition de virilité et de courage, Tarl Cabot parvient à devenir l’ami d’un éminent représentant de ces cavaliers sauvages, Kamchak. Accepté par ses semblables, il va découvrir leurs coutumes et autres rites caractéristiques de leur culture.

Dans ce nouveau roman, le John Norman ethnologue fait feu de tout bois. On découvre en effet les jeux que pratiquent ces nomades, ce qu’ils aiment manger ou boire, leur respect pratiquement religieux pour les bosks (ces animaux de trait qui procurent l’essentiel de leurs moyens de survie), leur goût pour les richesses, la rivalité également qui les oppose aux habitants de la ville de Turia, la cité aux neuf portes. L’auteur rejoue ainsi la dialectique jadis mise en lumière par Ibn Khaldoun entre civilisés et barbares, sédentaires et nomades. Ils organisent d’ailleurs entre eux, chaque année, la Guerre de l’Amour (sic) : chaque camp met en jeu un certain nombre de femmes reconnues pour leur beauté, et les combats un contre un qui s’ensuivent permettent d’en faire ou non ses esclaves.

C’est là un autre élément qui singularise Les Nomades de Gor, la place encore plus importante prise par cette dimension de l’anti-Terre. Tarl Tabot, lors d’un défi épique lancé à Kamchak par deux membres d’une autre tribu des Peuples des Chariots, permet l’acquisition de deux femmes esclaves, lui-même finissant par libérer celle qui lui était dévolue. Il n’empêche, la mise en scène de ces femmes esclaves est ici plus éclatante, d’autant que les esclaves hommes sont pratiquement absents des descriptions. Il faut y ajouter deux autres femmes soumises à Kamchak. D’un côté, Elisabeth Carwell, un ravissant spécimen (comme c’est le cas en général de ces femmes soumises décrites par John Norman) dont on apprend qu’elle est originaire de New York ; pourquoi s’est-elle retrouvée sur Gor, munie d’un message appelant à tuer Tarl Cabot au nom des Prêtres-Rois, est un des mystères dynamisant l’intrigue du roman.

De l’autre côté, rien moins que la plus belle femme de Turia, qui entretient avec Kamchak une relation de haine pouvant évidemment se muer en amour. Lorsque celui-ci réussit à s’emparer d’elle, le lecteur peut profiter à loisir de l’humiliation qu’il lui impose, la laissant nue seulement pourvue de quelques bijoux. Cette fascination apparente pour une mise en scène dégradante de la femme se voit particulièrement développée lors d’un long tête-à-tête et corps à corps entre Cabot et Cardwell, qui va devenir sa nouvelle bien aimée : « On dit sur Gor qu’une femme qui porte un collier [marque d’esclavage] ne peut être que femme. (…) Et, bien que je sois esclave, poursuivit-elle, je me sens libre pour la première fois de ma vie.  » [1]. Est ainsi révélée ce qui, pour l’auteur, est la vraie nature de la femme, perdue par les générations plus féministes de notre Terre… Il y a chez John Norman du masculinisme avant l’heure.

Il n’oublie pas pour autant de donner des aventures échevelées à son héros, qui va s’introduire clandestinement dans la ville de Turia afin de récupérer le fameux œuf sur lequel le marchand le plus riche de la ville a mis la main, pour le compte d’un mystérieux commanditaire, également responsable du rapt d’Elisabeth. Il devra affronter pour cela une créature plutôt originale, et retrouvera également les tarns juste avant un climax intense. Une pointe d’humour est en outre apportée par un membre marginal des Peuples des Chariots, Harold. Tout cela contribue à faire des Nomades de Gor un roman prenant, si l’on fait bien sûr abstraction de sa philosophie des sexes.


[1] pp. 34-350.