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La Niréide
dimanche 5 mars 2023, par
Fabien CLAVEL
France, 2022
Mnémos, 420 p.
Cette nouvelle parution de Fabien Clavel est en réalité la reprise de deux romans parus initialement en 2007 et 2009 chez Mango jeunesse (La dernière odyssée et Les Gorgonautes), enrichis pour cette intégrale d’un troisième volet inédit, L’empire des morts. L’écrivain y explore à son tour le riche patrimoine de la mythologie grecque, toujours aussi propice à l’imaginaire contemporain – citons entre autres les récents romans de Scrinéo qui décentrent le regard sur des personnages négatifs, ou les héroïnes des Ménades de Nicolas Texier, aux Moutons électriques.
S’inspirant de L’Odyssée et de L’Énéide, Fabien Clavel a choisi de suivre un personnage secondaire de L’Iliade, Nirée alias Niréus, réputé pour sa grande beauté. Aigri par la guerre de Troie dont il est un des survivants, il cherche à repartir sur son île de Symé, mais va connaître moult aventures sur son chemin, et rencontrer des personnages généralement maudits par les dieux. Pour l’accompagner, un aède aveugle, Démodocos, en qui il est facile de reconnaître l’ombre portée d’Homère, une guerrière masquée en homme, un enfant objet d’un inquiétant oracle, ainsi qu’une divinité bannie. Fabien Clavel met en effet à profit une déesse plutôt effacée, Hébé, fille de Zeus et chargée de servir le nectar aux Olympiens. Coupable d’un crime commis par inadvertance, elle est condamnée à partager sept ans durant la vie des mortels en tant que servante. Enfin, le Chasseur noir incarne ici la némésis de Niréus, lui qui tua la mère de cette figure vengeresse en se rendant en Troade.
Dans le premier volet de ses aventures, Niréus retrouve son île et le trône qu’il est en droit de réclamer. Le second le confronte à un dérèglement de la nature, la disparition de son île et la fuite de géants jusqu’alors emprisonnés dans le Tartare. Un épisode particulièrement riche, puisqu’on y croise Héraclès, Ulysse, Éole, Poséidon, Hélios ou Athéna ; sans oublier un Dédale proche ici du personnage de Nemo. Dans le troisième, enfin, Niréus et ses amis se retrouvent aux enfers en compagnie d’Énée, tandis que les Olympiens sont en proie à une guerre intestine majeure. Fabien Clavel s’amuse avec le patrimoine mythologique, convoquant des créatures connues (gorgones, hydre, cyclopes) mais également d’autres qui le sont nettement moins (dactyles, telchines ou ichtyocentaures).
Une érudition mise au service d’un didactisme mesuré et surtout d’un récit épique, à la fois familier et inédit, contant la quête d’un héros à la recherche de son humanité, mais montrant également que seul, sans l’aide d’amis aussi variés que complémentaires, le héros n’est que peu de chose. L’empire des morts fait même de Niréus un égal du Hawkmoon de Moorcock, celui qui peut libérer l’humanité de l’emprise des divinités. Riche en rebondissements, cet ultime volet possède une chute forte et surprenante. L’intégrale de la trilogie est enrichie d’une postface tout à fait passionnante, l’imposant d’une façon encore plus nette comme un élément clef de l’œuvre de Fabien Clavel.
Wagoo