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Le banni de Gor

dimanche 15 janvier 2023, par Maestro

John NORMAN (1931-)

Etats-Unis, 1967

Opta, 1975 pour la première édition / J’Ai Lu, coll. « Pulps », 2006, pour la dernière édition, traduction d’Arlette Rosenblum.

Sept ans se sont écoulés depuis les aventures narrées dans Le tarnier de Gor, et Tarl Cabot ronge toujours son frein sur Terre, sans pour autant que le vieillissement n’ait d’effets sur lui. C’est ce que nous apprend une présentation liminaire écrite par un de ses amis, également récipiendaire des témoignages publiés par ses soins… On reconnaît là un procédé classique des littératures de l’imaginaire, mais l’intérêt du lecteur se concentre évidement sur les pérégrinations de Cabot.

De retour sur Gor, par la volonté des Prêtres-Rois, il découvre avec horreur que sa cité, Ko-Ro-Ba, celle de son père et de sa bien-aimée Talena, a purement et simplement été annihilée ! Guerrier en exil forcé, traité comme un hors-la-loi (traduction d’ailleurs plus juste du titre original), il décide de reporter son désir de vengeance sur ceux qui sont à l’origine de ce châtiment, les fameux Prêtres-Rois terrés dans les montagnes de Sardar. Mais sur son chemin, il va découvrir la cité de Tharna, où les femmes semblent bénéficier d’un statut autrement plus favorable et même dominant que dans le reste de la planète. C’est en fait à une inversion de l’ordre habituel de Gor que Cabot est confronté, jusque dans sa propre chair : sa confrontation avec la souveraine des lieux, dissimulée par un masque d’or, passera également par un épisode de révolte des esclaves mâles, inférieurs à qui Le Banni de Gor a su redonner une dignité. Il va en outre retrouver un vieil ami fidèle, et s’en faire de nouveaux, à commencer par Andreas, de la caste des poètes.

On retrouve dans ce second volet des aventures de Tarl Cabot bien des rappels sur l’écosystème de Gor, redondances pour le lecteur du premier tome. John Norman enrichit toutefois encore davantage la faune et la flore de son monde, et les influences de l’Antiquité y sont sans doute encore plus perceptibles (l’exemple des épreuves dans l’arène en est un exemple paradigmatique). Belle idée, également, que celle de ces femmes de Tharna dont le visage est dissimulé par des masques d’argent. Enfin, en dépit de ce que l’on pouvait penser à la lecture du Tarnier de Gor, l’auteur ne cache pas son parti-pris favorable à une forme d’émancipation féminine au moins partielle : « Je pense qu’une grande partie de la barbarie de Gor vient peut-être de ce stupide étouffement du beau sexe, dont la douceur et l’intelligence auraient pu contribuer à amender ses mœurs rudes.  » [1].

Cela n’empêche pas son monde imaginaire de pratiquer naturellement l’esclavage des femmes, particulièrement sur le plan sexuel, même si, dans ce roman comme dans le précédent, tout est seulement suggéré sans jamais être réellement dévoilé. Il n’empêche, la relation maître-esclave demeure centrale, Cabot étant d’abord l’esclave de la souveraine de Tharna avant que les rapports ne s’inversent. Les réflexions du narrateur, dans lequel on reconnaît au moins en partie l’auteur, concernant le régime de Tharna, ne laissent guère place au doute. La domination féminine ne peut générer le bonheur, et à choisir, la domination masculine est préférable, car garante du « (…) respect complet d’eux-mêmes essentiel à une véritable virilité. » - « En haïssant leurs hommes, elles se haïssent elles-mêmes. » « Je me suis parfois demandé si l’homme, pour être vraiment homme, ne doit pas dominer la femme et si la femme, pour être vraiment femme, ne doit pas se savoir dominée.  » [2]. Autant de considérations qui balayent le peu d’espoir que l’on pouvait encore entretenir en une possible émancipation féminine…


[1] p. 40 de la dernière édition.

[2] p. 198.