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Jack Glass
Histoire d’un meurtrier
dimanche 6 novembre 2022, par
Adam ROBERTS (1965-)
Grande-Bretagne, 2012
Panini, 2014, pour la traduction par Christophe Cuq / Le Livre de Poche, 2021, 592 p.
D’emblée un narrateur, émanation d’un docteur Watson, se propose de nous parler de la plus grande énigme de son temps, puis un peu plus loin annonce qu’il le faire sous la forme de trois énigmes, criminelles cette fois (la première ne l’étant pas, mais je ne vous dirais pas quelle est sa nature...) : un récit carcéral, une énigme policière classique, un huis-clos. Tout tourne autour de Jack Glass, criminel, révolutionnaire voulant renverser l’ordre établi du clan Oulanov et libérer l’humanité dont la grande masse, la fange, survit dans des bidon-bulles, sphères plastiques en orbite dans le système solaire, prolétariat au service des familles génétiquement modifiées, des corporations.
L’ouverture et l’allusion aux énigmes remplissent complétement leur but : mettre le lecteur en appétit et la première partie, qui met en scène sept condamnés à onze ans de réclusion sur un astéroïde désolé, ne fait qu’encourager cet appétit. Quelqu’un va-t-il s’évader et surtout comment sont des questions qui m’ont taraudé tout au long de cette première énigme qui court sur environ un quart du livre, la question de savoir qui est Jack Glass parmi les sept détenus étant rapidement résolue. Malheureusement, quelque part dans la deuxième partie qui occupe près de la moitié du roman, la résolution de l’énigme s’ensable, écrasée par la pesanteur terrestre où a lieu le crime. sans pour autant passer au second plan. Quand arrive le huis clos, troisième énigme qui nous ramène dans une bulle dans l’espace, j’ai une certaine méfiance, la qualité des énigmes n’étant pas à la hauteur d’un roman policier, genre auquel Adam Roberts voulait rendre hommage. Pourtant, le style est fluide, dynamique.
J’ai rarement vu autant de travail de création de monde au service d’une ambition aussi modeste que celle de trois énigmes. Adam Roberts a fourni un travail imaginatif considérable. Il invente un monde politique reposant sur la dictature d’un clan dont le patronyme ne réjouira pas le premier troskyste venu et dont le pouvoir vise à exploiter un lumpenproletariat, un monde où l’humanité a colonisé le système solaire, mais ne peut en sortir faute de moyen de propulsion, et vit dans des bulles de plastiques pour la plus grande partie d’entre-elle, se nourrissant souvent de moisissure - la goisse. Il imagine la colonisation d’un astéroïde. Et un révolutionnaire nommé Jack Glass veut détruire l’ordre de la Lex Oulanova, mais le lecteur ne verra jamais cette révolution, car, au final, Jack Glass s’interrompt un peu brutalement.
Il y avait matière à toute une série. Il n’y a qu’un seul livre et des énigmes capilotractées. Un livre qui est peut-être à lire, mais pas pour ce qu’il annonce être.
Wagoo