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Le voyage du basilic (Mémoires par Lady Trent, 3)
dimanche 2 octobre 2022, par
Marie BRENNAN (1980-)
Etats-Unis, 2015
L’Atalante, coll. « La Dentelle du Cygne », 368 p., 2017, traduction de Sylvie Denis.
Troisième volet des mémoires écrits par lady Trent au crépuscule d’une existence bien remplie, Le Voyage du Basilic se déroule peu de temps après Le Tropique des serpents. Désormais interdite de séjour en Érigie, Isabelle Camherst a décidé de se lancer dans un voyage autour du monde afin de mieux connaître les dragons dans toute leur variété.
Elle est accompagnée du fidèle Thomas Wilker, mais également, pour la première fois, de son fils de neuf ans, Jake. Il faut dire qu’Isabelle ne s’est jamais sentie comme une mère exemplaire, loin de là, et une telle expédition offre la possibilité de renouer des liens distendus. La gouvernante de Jake, Abby, est cependant du voyage elle aussi : il ne s’agirait quand même pas que les soins imposés par un enfant n’en viennent à prendre le pas sur les exigences scientifiques ! Multiples sont les étapes de ce périple, dans des contrées échos de Russie ou de Chine, mais le plus important a lieu dans la Mer Brisée, où les îles souvent volcaniques changent fréquemment le visage cartographique du lieu.
Le grand intérêt de ce troisième roman tient à l’approfondissement des données naturalistes sur les dragons. Soucieuse d’améliorer la taxinomie de l’animal, d’élucider également leur place dans le règne animal – sont-ils liés aux oiseaux ou aux reptiles ? – Isabelle Camherst est confronté à de nombreuses espèces variées : serpents des mers arctiques, tortues-dragons (si, si !) et lézards de feu. Parallèlement, d’ailleurs, la rencontre avec Suhail, un archéologue originaire d’un pays correspondant à notre monde arabe, ajoute une légère composante sentimentale, et permet surtout d’approfondir la connaissance des Draconiens, cette mystérieuse civilisation ayant placé les dragons au cœur de ses réalisations architecturales.
Un dernier rapprochement est évident, et non des moindres : celui qui relie Isabelle Camherst et Charles Darwin, dont le voyage à bord du Beagle fut décisif quant à l’élaboration de sa théorie de l’évolution des espèces. L’escale forcée sur l’île de Kéonga avec ses peuplades inspirées des Polynésiens est à cet égard un tournant dans le récit. D’abord parce que Marie Brennan nous propose une plongée intime dans la mythologie et les habitudes sociales de ce peuple, ce qui conduit Isabelle à nouer un mariage peu ordinaire ! Ensuite parce qu’elle y accomplit de ces exploits dont on avait déjà pu profiter dans Le Tropique des serpents : ici, elle participe à une plongée sous cloche qui manque de mal tourner et surtout chevauche un dragon des mers !
Prend enfin forme une théorie globale du règne draconique, qui permettrait de relier toutes les principales incarnations de l’animal, jusqu’à expliciter le lien avec les pierres de feu si appréciées des anciens Draconiens. Bien sûr, le fait qu’Isabelle Camherst, dans ce volume comme dans le précédent, soit systématiquement mêlée à des enjeux géopolitiques d’importance peut faire sourire du fait de son systématisme, mais cela ne doit pas brider pour autant le plaisir de lecture, bien réel.
Wagoo