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Les vautours
dimanche 18 septembre 2022, par
Joël HOUSSIN (1953-2022)
France, 1985
Flammarion, col. « Imagine », 392 p., 1999.
Parmi les premiers romans de Joël Houssin, surtout connu pour sa série du Dobermann et pour son déjanté Le Temps du twist, il y eut Les Vautours, paru initialement au Fleuve noir, et qui décrocha le Grand prix de la science-fiction française pour l’édition 1986. On y retrouve une hargne, un réalisme cru et agressif qui n’est pas sans évoquer celui de la science-fiction la plus engagée des années 68 - rappelons tout de même que Joël Houssin dirigea l’anthologie Banlieues rouges en 1976 -.
Joël Houssin nous décrit un futur (très) proche, dans lequel le seul changement notable concerne la récupération des organes appartenant aux défunts. Comme une extension du domaine capitaliste, le corps des individus est devenu, au sens propre, une source de profit pour de véritables entreprises, les Syndicats. Face à ces corporations à la puissance croissante, désireuses de maîtriser l’exclusivité de l’offre, des indépendants tentent de tirer leur épingle d’un jeu de plus en plus pipé. David Toland est le meilleur d’entre eux, capable, avec l’aide de son associé Gérard Roussel, de récupérer en un temps record le maximum d’organes encore sains afin d’approvisionner les hôpitaux demandeurs. Il est toutefois en butte aux visées de Steve Odds, dirigeant du Département central des collecteurs (DCC), et à un de ses employeurs, Milan, un des Vautours parmi les plus dangereux. Ce dernier se charge d’attirer Toland dans un guet-apens afin de le contraindre à se rallier au DCC. Parallèlement, un des hommes les plus riches du monde, Alexander Sirchos, cherche à sauver la vie de son épouse bien aimée, dont le cœur menace de lâcher à tout instant. Il s’attire pour ce faire les services d’un des meilleurs chirurgiens du moment, Marc Zorski, qui nourrit l’espoir de mener à bien ses recherches sur des greffes de la tête (sic), et est pour ce faire à la recherche de financements substantiels et pérennes.
La prose est ici âpre, efficace, balançant les rebondissements comme autant d’uppercuts, volontiers argotique, crue (gore et sexe sont de la partie), troussant des trognes plus marquées les unes que les autres ; les vautours légaux - les collecteurs syndiqués - n’ont finalement rien à envier aux bandes de marginaux symbolisées par les Apaches de Montreuil. Ce faisant, c’est bien à un portrait du capitalisme dévorant, cannibale, que nous sommes confrontés, avec en arrière fond la montée de l’extrême droite fascisante en la personne du Front national. La question du trafic d’organes n’a d’ailleurs rien perdu de son acuité, tout comme la critique d’un monde de la santé fonctionnant comme n’importe quelle autre entreprise (« Là où une étatisation s’imposait bien plus que dans n’importe quel autre domaine, les gouvernements et pouvoirs successifs avaient abandonné la médecine à un système de libre-concurrence parfaitement dément. Ici, la compétition paralysait le progrès, dévoyait les serments, balayait les usages » [1]). David Tolland incarne ainsi l’idéaliste contraint de plier - un temps - devant des réalités implacables, l’espoir résidant dans de rares policiers et journalistes intègres…
[1] p. 317
Wagoo