Accueil > TGBSF > H- > Une histoire naturelle des dragons. (Mémoires par Lady Trent, 1)
Une histoire naturelle des dragons. (Mémoires par Lady Trent, 1)
dimanche 10 juillet 2022, par
Marie BRENNAN (1980-)
Etats-Unis, 2013
L’Atalante, coll.« La Dentelle du Cygne », 352 p, 2016.
L’écrivaine Marie Brennan a su se ménager une place relativement originale dans le monde en expansion permanente de la fantasy. Pour ce faire, elle a opté envers un croisement sympathique : celui d’un monde qui a tout de l’Angleterre de notre époque victorienne, et celui de ces créatures parmi les plus fascinantes de notre imaginaire, les dragons. Le récit, en outre, se déploie à la première personne, puisque c’est l’héroïne elle-même, devenue au crépuscule de sa vie Lady Trent, s’il-vous-plait, qui raconte ses souvenirs, parfois constellé d’allusions à d’autres moments de sa carrière, qui nous restent à découvrir.
Dans ce monde autre, un continent divisé en plusieurs royaumes, dont quelques-uns rappellent fortement le nôtre d’avant la Première Guerre mondiale (un tsar existe, par exemple), la technologie a débuté une mutation majeure : le passage à la vapeur, qui entre Trent jeune femme et Trent chenue, a rendu les communications tellement plus rapides… Mention est d’ailleurs faite de l’existence, avant la diffusion de la lumière artificielle, de deux phases de sommeil, ainsi que l’a remis en avant l’historien Roger Ekirch (voir son essai en français La Grande transformation du sommeil. Comment la révolution industrielle a bouleversé nos nuits).
Ce monde est également riche de ses religions, celle du Temple, qui semble se rapprocher du monothéisme juif, et celle du Scirland, assez proche du protestantisme, ainsi que des ruines d’une antique civilisation, celle des Draconiens – sic – dont l’écriture demeure indéchiffrable, et qui avaient pour habitude de représenter des divinités humanoïdes à tête de dragons. Mais ce que veut surtout illustrer Marie Brennan avec sa personnage principale, c’est le combat mené par une femme du Scirland, férue de biologie et d’étude des dragons, pour s’extraire du conformisme social de son temps, vaincre les réticences des hommes, s’appuyer sur les plus éclairés d’entre eux, s’émanciper, en somme.
Car ce qui passionne Isabelle Trent, c’est la compréhension des dragons. Divisés en plusieurs espèces suivant les écosystèmes, ils demeurent sauvages et mystérieux, laissant aux amateurs la possibilité de comprendre leur processus de reproduction, leurs mœurs. C’est ce qui la pousse à se joindre à l’expédition d’un aristocrate en Vystranie, une expédition jonchée d’embuches, pesanteur des locaux, agressions incompréhensibles menées par les dragons du lieu, conjonction malheureuse avec des contrebandiers… Isabelle est plus spécialement chargée de classer les notes et de dessiner, ce qui nous vaut de très beaux croquis tout au long du récit.
On est donc à cheval entre les dragons des légendes et une volonté de proposer une lecture rationnelle d’un mythe, une intrigue à double fond, en somme. D’autant que Isabelle Trent et ses compagnons, non contents de s’opposer à la superstition paysanne et à une forme d’archaïsme pré moderne, vont devoir résoudre une énigme tournant autour d’une pseudo malédiction qui condamnerait leur présence en Vystranie…
Wagoo