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Les rivières de Londres

dimanche 1er mai 2022, par von Bek

Ben AARONOVITCH (1964-)

Grande-Bretagne, 2011, Rivers of London

J’ai Lu, coll. « Nouveaux Millénaires », 2012,

Je me souviens très bien. Ce n’est pas si vieux. J’avais dévoré, littéralement dévoré, Les rivières de Londres et ses six suites parues en français, pendant le Confinement (la majuscule, c’est pour le différencier des petits qui ont suivi). Puis il a été mon LEQNRV de 2020. Je l’avoue cette récompense a tout du voeu pieu. Quand j’étais gamin, il ne serait pas écoulé six mois avant que je ne relise un livre qui m’ait emballé. J’ai bien dû lire quatre ou cinq fois L’île mystérieuse, mais avec le temps et les désirs de lecture se multipliant, il est devenu bien rare que je relise un livre de bout en bout. Du moins beaucoup d’eau peut s’écouler sous les ponts avant que je ne me lance dans une relecture. Ainsi j’ambitionne de relire Dune que j’ai lu il y a de cela bientôt 30 ans.

L’eau des Rivières de Londres a peut-être coulé plus vite ou peut-être est-ce simplement le contexte politique ou géopolitique qui donne envie de s’enfermer dans un livre qui vous fasse oublier le monde extérieur. Toujours est-il que j’ai rouvert le premier tome de la série de Ben Aaronovitch, sans la certitude toutefois d’en mener à terme la lecture, d’autant que c’était dans le texte original pour ce deuxième voyage. Résultat : je l’ai dévoré à nouveau.

Tout commence une froide nuit de janvier quand Peter Grant et sa coéquipière Lesley May, tous deux constables fraîchement émoulus de la formation de la Police Métropolitaine de Londres et sur le point d’être affecté à un service, se retrouvent à garder les lieux d’un crime sauvagement commis sur le parvis de l’église Saint-Paul à Covent Garden. Alors que Lesley est partie leur chercher des cafés pour les réchauffer, Peter est abordé par un étrange personnage qui affirme avoir assisté au meurtre et être un fantôme. Ambitionnant d’intégrer la division des enquêtes criminelles, ce que lui refuse sa hiérarchie, le jeune policier entreprend dans les jours suivants sa petite enquête et se retrouve plongé dans un monde de magie dont il ne soupçonnait pas l’existence et, mieux, devenir l’apprenti du magicien en charge des enquêtes spéciales c’est-à-dire magiques. La place n’est pas de tout repos, car, en plus d’apprendre la magie et le latin, dans les rues de Londres, le légendaire flegmatisme britannique semble laisser place chez certains à une folie meurtrière grandissante. Et en plus les divinités des rivières de Londres sont en pleine crise diplomatique.

S’il doit vraiment y avoir un truc entre les Britanniques et la magie, les uns ou les unes, ayant un don inimitable pour mettre en scène des histoires de l’autre. Ainsi Ben Aaronovitch pose les premières pierres d’un monde magique dans les règles - il lève le voile sur quelques créatures, donne quelques règles de fonctionnement de la magie -, sans toutefois faire preuve d’une originalité fulgurante puisqu’il attribue la paternité de l’école de magie anglaise à sir Isaac Newton, mais il inscrit sa création dans la très britannique et pourtant cosmopolite métropole de Londres dont il évoque aussi bien l’architecture et l’urbanisme, faisant du livre un véritable guide touristique, que l’esprit des habitants ou les pratiques de sa police avec un humour pince-sans-rire so british !.

Pour autant, il ne faut pas croire que Les rivières de Londres constitue une énième création pour ado. Outre que la violence commise soutient la comparaison avec les atrocités rencontrées dans un polar - vous abonderez dans mon sens quand vous en serez à la défenestration -, le récit est emprunt d’une sensualité qui ne fait pas qu’affleurer avec la sexualité. Un récit pour ado sans doute, mais pas que pour ado et certainement pas dans la veine des séries aseptisées à la sauce Twilight ou Hunger Games.

Inévitablement, le parallèle se fait avec la saga d’Harry Potter et on imagine bien que tout auteur, a fortiori anglais, qui se lance dans une série mettant en scène des magiciens ne peut manquer de se sentir comparé à la série de J. K. Rowling. C’est ici où la maturité des personnages et donc des événements auxquels ils sont confrontés peut faire la différence. Pas de crâne explosé à coup de bâton, d’effondrement des muscles faciaux ou de baignade en tenue d’Eve dans les aventures d’Harry Potter. Il n’en va pas de même chez Peter Grant, jeune homme issu de l’union entre un père célébrité du jazz et héroïnomane, et une mère originaire du Sierra Leone. Ben Aaronovitch ne fait pas dans le politiquement correct, sans toutefois basculer dans le cynisme.

C’est un livre que je relirais encore...