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Nadejda
dimanche 5 décembre 2021, par
Olivier BOILE (1981-)
France, 2017
Nestiveqnen, coll. « Fractales/Fantasy » 328 p.
Olivier Boile avait d’abord pris ses marques dans une fantasy volontiers humoristique – Medieval Superheroes – mais comme son recueil Sans donjons ni dragons l’avait montré, son talent savait s’exercer dans d’autres directions. Nadejda en est une preuve éclatante, qui développe une des nouvelles de l’excellent recueil Et tu la nommeras Kiev (bien qu’ayant visiblement été écrit en amont). Il s’agit d’une fantasy historique aussi originale que Le châtiment des flèches de Fabien Clavel ou Les cavaliers du Taurus de Nicolas Cluzeau, pour ne citer que quelques réussites dans le genre.
Le cadre en est la Russie du début du XIe siècle, un royaume encore dans les langes, et dont la conversion au christianisme byzantin remonte à quelques décennies seulement. Mais le règne de Vladimir Soleil Clair touche à son terme. Approché par la mort, il a décidé de libérer de ses geôles deux farouches guerriers, le légendaire Ilya de Mourom, et le plus jeune Erouslan, le tueur de dragons. Une fois unis par un pacte, les deux combattants n’auront de cesse que de retrouver Goriaser, l’âme damnée du prince Sviatopolk, prétendant au trône de son père. Erouslan, car il lui doit d’avoir échoué en prison ; Ilya, car Goriaser est l’actuel détenteur de son épée fétiche, Nadejda. Leur quête va les amener au sud de la Russie, dans les steppes où sévissent les féroces Tatars…
L’environnement de ce royaume issu des Varègues, dont la capitale est alors Kiev, est minutieusement décrit, ses villes surtout, ses coutumes, ses vêtements, ses paysages également. La transition entre le paganisme traditionnel et le christianisme est par ailleurs un élément clef du contexte, rappelant la problématique des Dames du lac de Marion Zimmer Bradley. Certains personnages incarnent justement ces croyances anciennes, du géant Sviatogor, trop rapidement délaissé, aux vodianoï, passeurs des cours d’eau, en passant par un livre capable de dessiner des scènes en train de se dérouler ou l’esprit des fleuves eux-mêmes, tant on sait l’importance qu’ils revêtent dans la culture russe. Pas de déluge d’action ici, mais des protagonistes bien campés, dont la psychologie et l’histoire sont finement restituées.
Les femmes ne sont pas oubliées, et en particulier celles du royaume de la Mer Noire, déclinaison des mythiques Amazones. Et Nadejda, bien sûr, la femme ayant donné son nom à l’épée. Cette dernière est d’une certaine manière le fil que l’on suit tout au long de l’intrigue, Sviatopolk le maudit cherchant à toute force à assoir son pouvoir, y compris en s’alliant avec les plus improbables des alliés… La grande force du roman d’Olivier Boile, c’est, au-delà de son caractère épique, l’invitation qu’il nous fait à pénétrer l’histoire des mythes russes, et l’imprévisibilité de son récit. Nul stéréotype ici, ce qui est assurément la marque d’un grand auteur. Les notations bibliographiques proposées en postface constituent un plus pour le lecteur déjà conquis.
Wagoo