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Le hasard et la nuit

dimanche 21 novembre 2021, par Maestro

Serge BRUSSOLO (1951-)

France, 2020

H&O éditions, 224 p.

Au cours des années 2010, Serge Brussolo avait fait retour à la science-fiction, celle qui avait marqué ses débuts en l’imposant comme un écrivain hors-normes. Après Frontière barbare et Anges de fer, paradis d’acier chez Folio SF, puis Anatomik chez Bragelonne, voici donc Le Hasard et la Nuit, qui présente la particularité d’être pour le moment édité exclusivement par voie numérique.

A l’issue de plusieurs conflagrations mondiales ayant drastiquement réduit la population, un âge de religions barbares domine la Terre. La jeune Julia fait partie des sectateurs forcés de ces cultes vénérant le nihilisme et le sacrifice, jusqu’à ce qu’elle soit récupérée par les forces de la Nouvelle-Atlantide. Réfugiées en Australie, il s’agit de l’ultime bastion de la raison et de la science, dont les ressources sont consacrées en priorité à la colonisation de nouveaux mondes. Mais si Julia est initialement confiante dans la nouvelle vie qui s’offre à elle, elle finit par déchanter : la Nouvelle-Atlantide se délite de l’extérieur et même de l’intérieur, les élites dirigeantes perdant la confiance des troupes. Julia a tout juste le temps d’embarquer dans le dernier vaisseau-arche, à destination d’une exoplanète.

Sur place, elle découvre un monde tranché, où une population humaine vivant en symbiose avec la nature coexiste avec une ville industrieuse, dirigée par un roi endormi. La fantasy s’invite alors, le temps pour Julia et ses comparses de mener une quête destinée à sauver la cité condamnée à l’engloutissement au sein de la terre. Elle découvre à son issue la vérité sur cette planète, replongeant de plein pied dans la science-fiction… Comme il le faisait déjà dans ses œuvres des années 1980, Serge Brussolo offre le tableau d’un monde en déliquescence, où l’espoir est définitivement mort, remplacé par un réel de plus en plus grimaçant et délirant. L’obscurantisme religieux, le jusqu’au-boutisme écologiste (via les Sylvains et leur lien avec toutes les formes de vie naturelles) mais également le scientisme borné, tous sont délétères, nourrissant des théories du complot pas toujours erronées.

Ne reste dès lors qu’une humanité disloquée, errant sans but dans l’infini, où même la personnalité et la mémoire sont incertaines (intéressante mise en abyme du livre éponyme écrit par un des personnages, mais qui n’est que partiellement mise à profit). Toutefois, c’est un Brussolo auquel on aurait rogné les ongles qui officie dans Le Hasard et la Nuit, tant la première partie du roman témoigne d’une folie en sommeil, autorisant à classer le livre dans la catégorie jeunesse. Par la suite, certaines images frappantes sont de mise – les cadavres conservés intacts dans de la glaise, encore comestibles ; une ville s’enfonçant dans le sol, retenue par des ballons ; des habitants s’habillant d’armures de cuivre pour attirer la foudre et protéger les dits aérostats – mais Le Hasard et la Nuit s’inscrit plutôt dans les œuvres mineures de l’écrivain.