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L’Hiver du monde
dimanche 25 juin 2023, par
A. G. RIDDLE
Etats-Unis, 2019, The Long Winter
Bragelonne, 2021
Voici un livre qui m’a surpris. Alors même que la Terre rentre dans une nouvelle ère glaciaire inexplicable et sur un rythme accélérée contraignant les populations à fuir vers le sud ou vers le nord, les deux personnages principaux, dont les points de vue alternés vont structurer le livre, se retrouvent dans des situations périlleuses. L’une, Emma Matthews, spécialiste de génétique, dirige une mission dans la Station Spatiale Internationale (ISS) pour étudier le rayonnement solaire baignant la Terre, et, alors que les premiers résultats se révèlent surprenants, d’importants dysfonctionnements provoquent la dislocation de la station, faisant d’Emma une naufragée de l’espace. L’autre, James Sinclair, docteur en médecine et spécialiste en robotique, purge une peine à vie dans une prison fédérale bientôt menacée par l’avancée de la glaciation, alors qu’éclate une révolte des détenus.
En soi, L’hiver du monde m’intriguait déjà. Pensez-donc, écrire une histoire mettant en scène un refroidissement général du climat à une époque où l’on prend enfin au sérieux le changement climatique et son élévation des températures, cela fleurait le climatosceptique pur jus. Si de telles situations ont pu être mises en scène, les plus célèbres commencent à dater - je pense notamment au Jour d’après de Roland Emmerich en... 2004 !
Brutalement, ce que je prenais pour le récit d’une catastrophe écologique, fait un virage à angle droit et devient une odyssée spatiale à la rencontre de ce qui détourne les rayons solaires. Réquisitionné en raison de ses aptitudes hors-normes à concevoir des robots, James se retrouve dans l’espace dans une mission fruit d’une collaboration internationale et sauve Emma au passage. L’aventure va les faire voyager entre Vénus et la ceinture d’astéroïdes au-delà de Mars, non sans faire étape sur une Terre recouverte de glace.
L’hiver du monde se dévore plutôt bien. Il faut dire qu’il s’en passe des choses en moins de ses cinq cents pages ! Pour autant, il n’est pas dénué de défauts qui pourront en agacer plus d’un. Les personnages, en particulier James, sont beaucoup trop intelligents et souvent trop sages, ce qui rend d’ailleurs le mystère Oscar peu crédible, les lecteurs devinant facilement de quoi il retourne. La gestion narrative de la relation affective entre James et Emma semble aussi peu pertinente.
Un autre défaut que l’on pourrait lui trouver réside dans sa scientificité, sur laquelle je suis partagé. D’un côté tout ce qui relève du spatial et de la robotique est recouvert d’un vernis scientifique qui marche plutôt bien auprès du lecteur néophyte en dépit d’une aisance un peut trop grande des capacités humaines à organiser des missions spatiales, aisance que nous attribuerons aux progrès technologiques à venir, le récit n’étant pas chronologiquement daté ; de l’autre ce qui relève de la climatologie terrestre présente des lacunes majeures y compris pour quelqu’un comme moi : l’auteur aurait-il oublié que la glace est de l’eau gelée et que les ères glacières s’accompagnaient d’une baisse plus que sensible du niveau des océans ? La glaciation du roman les dépassant de loin, le niveau des eaux aurait dû énormément baisser, ne rendant plus nécessaire de rechercher des points de basses altitudes supposément plus chauds que le reste de la planète.
Néanmoins, il faut reconnaître que ce qui reste l’intrigue principale est bien menée, sans peut-être être originale. A. G. Riddle est un auteur efficace - le mot peut choquer pour une telle profession - et je comprends mieux le succès de sa trilogie Atlantis que je n’ai pas (encore) lue. Tout à fait le genre de lecture facile sans être stupide. Une lecture estivale donc. Un autre point positif réside dans le fait que le livre peut aussi bien se suffire en lui-même tout en autorisant une suite que je lirai sans doute avant la fin de l’année.
Wagoo